Je vous invite à lire le texte suivant, je vous donnerai mon opinion à la fin. Merci.

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Avez-vous déjà eu affaire aux gars d’Emmaüs ? Moi oui. A plusieurs reprises. C’est incroyable le nombre de richesses que recèlent nos poubelles. J’y ai trouvé des meubles solides et beaux pour pas cher. Des vêtements aussi, de marque, neufs pour presque rien.

L’autre jour encore, j’y étais. J’ai acheté un disque. Le type derrière son comptoir affiche un mécontentement de circonstances. Comme tous là-bas. La « mauvaise volonté » est affichée. D’ailleurs, une plaque dorée, écrite en noir, sur le guichet du vendeur mentionne clairement « De toute façon ma réponse est NON ».

Les livreurs de meubles d’Emmaüs se perdent. Ils ne veulent pas porter. C’est toujours trop lourd et trop loin. Face à eux, j’ai souvent eu l’impression d’être le « Grand Capital » qui s’abat sur la misère du monde. Bref, j’abuse.

J’ai été de celles-là. Souvenirs de violence qui teintent le présent et les gens. Mon cerveau, dans sa formidable capacité d’apprentissage, avait appris de l’autre qu’il va toujours trop loin, qu’il va forcément me faire mal.

J’ai déjà évoqué ma frayeur des relations de dépendances dûe à ma mémoire du chaos de l’enfance, à la merci des adultes. Pour me protéger, j’ai souvent été réfractaire à toute autorité et je portais en moi des pulsions de violence. Violence que j’aurais voulu rendre à l’agresseur. Violence qui surgit de nulle part, comme celle de mon père quand j’étais petite.

La violence est l’expression d’une souffrance pour celui qui la transmet. C’est la manifestation d’une douleur. Elle rompt la communication, empêche la compréhension et finalement, s’avère stérile. Nos sociétés ne peuvent la tolérer et c’est normal. Ainsi, j’étais mal avec moi-même de toutes ces ruptures relationnelles. Je ne me sentais pas aimable avec cette rage au ventre. Je me sentais mal et incomprise.

Il n’y a pas trente six voies d’épanouissement pour l’homme. L’agressivité qui meurtrit les relations entre les êtres ternit l’identité sociale. Non seulement la douleur à l’origine de la violence ne peut être comprise, mais en plus elle nous donne le mauvais rôle. L’homme est un être social. Les réussites nécessitent des aptitudes relationnelles. Il faut savoir formuler une demande pour qu’elle soit satisfaite. Nous n’avançons jamais seul. Plus on est en sympathie avec les autres, plus on est estimé et aimé. Nos stars recueillent tous nos césars quand elles sont généreuses, drôles et douces.

C’est important d’être aimé. C’est important pour soi. Pour l’image que l’on a de soi et enfin, pour accéder au bonheur et à l’épanouissement.

J’ai abandonné toute violence au profit de l’amitié. Je recueille les sourires comme des fards à paupières ou des crèmes amincissantes. La tendresse et l’affection comme anti-rides ou rouge à lèvres"

Ce très beau texte est celui d'Elisa Jacques découvert sur son blog et reproduit ici avec son autorisation.
Pour la forme, j'aime cette écriture claire, moderne, sans fioritures. Tout se lit sur le même ton et ainsi se lie. Elle-même prend de la distance avec son écrit. C'est limpide, comme une goutte d'eau solitaire qui claque sur le béton, au ralenti.
Le sujet : On commence par du banal, on la voit venir puis 180°, on s'est trompé et on sourit, c'est drôle.
On s'attend à continuer la lecture tranquillement quand, d'un coup, on aborde un sujet grave, lourd diraient certains, grave parce que sombre, grave parce que sérieux. La violence.
Et voilà, qu'en une page, Elisa nous décrit parfaitement le phénomène de la violence et nous offre les clés pour s'ouvrir à autre chose, pour guérir.
Elle nous offre la paix et l'harmonie, celles que nous pouvons décider tous, tout de suite et le prix que nous avons à payer, c'est la lecture de ce texte. Son prix à elle, fut plus élevé. Aujourd'hui, elle nous en fait cadeau.
Je vous avoue que tant de profondeur avec tant de lucidité et de simplicité, ça m'a, pour rester sobre, bousculé.
Merci pour cet espoir et pour votre confiance Elisa.