Quelqu'un vous a-t-il déjà dit  : "En ce moment, je lis Proust ou Flaubert ou Cendrars" ?
Cherchez bien.
Il y a toutes les chances pour qu'il vous ait dit qu'il relisait Céline ou Balzac ou Zweig.

Ah, ces lettrés, comme ils sont doués pour vous renvoyer à votre condition d'inculte !

On a beau s'essayer à faire quelque lien entre un avion et Saint-Exupéry, entre un journal et André Gide, ça suffira pas, on y arrivera pas.
Comédie Divine Humaine Condition : On essaie de remettre de l'ordre, on se fatigue et on relit Télé Z.

Complexe de pauvre ou aveu d'impuissance, on fait semblant de s'y faire, un jour, en glanant l'essentiel et en fuyant les cocktails.

Lino Ventura qui voulait combler son retard, s'enferma un jour avec des cartons de bouquins "qu'il fallait avoir lu" et on continue à dire qu'avant d'être acteur il était catcheur (comme je viens de le faire)
Bernard Tapie quand il achetait un tableau était forcément taxé d'affairiste vulgaire voulant spéculer ; il ne pouvait pas avoir le sens de l'esthétique.

Ah, ces érudits, comme ils sont doués pour vous renvoyer à votre condition d'ignare !

Puis, de temps en temps, on gratte un peu et s'effritent les coquilles vides. On en retire un petit soupçon de satisfaction, mais, tout au fond reste et restera toujours cette frustration.
On se demande même si, à choisir, on aurait pas préféré être cultivé et imbuvable plutôt qu'ordinaire et humble.

On ne change pas de condition en une génération.