Dès la petite enfance, c’était mal parti.
Elle naquit Gauchère. Elle crut à un signe du destin : Elle sera de Gauche envers et contre tout, en rose et contre tous.
Le destin en rajoutait. Elle ouvrit les yeux dans un monde bousculé aux slogans « pavés », si j’ose dire, de bonnes intentions : Elle sera "contre".

La solidité de sa fidélité n’aura d’égal que celle du granit de sa région d'origine. Elle aurait rêvé d’être Astérix, mais sa moustache ne poussa jamais.
Plus tard, c’était le temps où on construisait encore des autoroutes en France, elle voyagea beaucoup et posa ses valises sur la Côte d’Azur.
« Chouette, se dit-elle, ici au moins tout est à faire, les gens de Gauche sont peu nombreux et pas très futés, les féministes sont à inventer et les syndicalistes peu virulents »
Elle eut l’intuition du créneau d’avenir.

Signe de terre, elle fonçait comme un taureau. Le centre de gravité très bas, on ne la déstabilisait jamais. Comme elle était sincère et qu’elle enveloppait tout le monde dans des termes techniques, elle était crédible. Pas méchante pour un sou (forcément elle était dans le bon camp) elle ne cherchait jamais à affaiblir, toujours à convaincre.

Mais les temps changèrent et le pouvoir n’était plus à la force, mais à la souplesse. Et son opiniâtreté devenait rigidité. Paradoxalement, elle y gagna de nouveaux amis, amusés par cette figure anachronique, pittoresque disaient les plus sévères.
Son monde était parfait. Tout était réglé. Les bons étaient bons toujours et les méchants, toujours méchants. Le carburant de sa vie, c’était la lutte parce sans luttes, les enfants de cinq ans travailleraient encore, aimait-elle à dire.
Elle n’avait pas d’âge puisqu’elle était immobile. Sacré avantage, elle dura.

Un jour, pendant que tous s’affairaient sur un cerisier, elle restait au sol. Encore les pieds sur terre, vous dis-je. Il est vrai que personne n'avait pu lui fournir les conclusions du dernier contrôle du Comité Hygiène et Sécurité dans le champ du Vallon. Mais, les cerises étaient rouges, elle en mangea. Nul ne peut dire si elle aurait refusé des cerises bleues.

Parlez-lui du confort d’une voiture, elle répond stress des ouvriers .
Offrez-lui des fleurs et elle imagine les épines enfoncées dans les mains des ouvrières étrangères exploitées par un patron véreux.
Donnez-lui le même salaire qu’à son collègue masculin, elle vous rappelle que si vous le faites aujourd’hui, c’est que vous ne l’avez pas fait hier.
Livrez des croissants à tous les enfants du monde tous les matins et elle réclame, pour eux, des pains au chocolat.
Faites un article de blog modéré et gentil et elle vous trouvera excessif et sévère.

Lorsque, bientôt, la Gauche non-gauchiste n’existera plus, cherchez bien, Elle, elle sera là, par fidélité à ses fidélités. C’est comme ça. C’était écrit et pi c’est tout.

Nathalie, pour ceux qui ne la connaissent pas est une commentatrice régulière ici. Nos joutes blogueuses sont mémorables. J'ai écrit ce texte avec son autorisation mais elle le découvre en même temps que vous.
Merci pour ta confiance, Nathalie (sourire)