Claudiogène

Ambition : Passionneur

15 novembre 2007

Ma première grève

Désormais, une nouvelle rubrique sur ce blog [AutoBio] celle où je me lâche.

Ma première grève était individuelle, déjà.
J'avais 19 ans et j'étais capitaine d'une équipe de football modeste en banlieue parisienne.
Contrairement à moi, deux de mes coéquipiers jouaient très bien au ballon. Et l'un des deux, très très bien, un petit génie capverdien élevé en Côte d'Ivoire, modeste et créatif, par ailleurs un excellent ami, qui finalement ne fit pas carrière et que j'ai perdu de vue (
salut à toi Emmanuel)
Ces deux camarades étaient régulièrement et autoritairement "empruntés" par l'équipe Séniors pour muscler ses performances.
J'essayais de défendre mon groupe continuellement avançant que nous aussi, avions besoin de gagner nos matchs et que notre organisation devait garder une cohérence d'un dimanche à l'autre.
Après maints échecs, je décidai de "m'inviter" à l'Assemblée du club. Personne n'osa me mettre dehors. Je défendis calmement et fièrement ma position face à une vingtaine d'adultes dont un conseiller municipal adjoint aux sports. J'en sortis avec l'assurance qu'on ne me "prendrait" qu'un joueur par dimanche et pas deux. Je pouvais avoir confiance, tous ces gens étaient de gauche et se gargarisaient de mots tels que camaraderie, peuple, démocratie et vérité.

J'appris le samedi suivant que les promesses n'avaient pas été tenues. Le lendemain, je confiais mon brassard à un coéquipier et me déclarais auprès des dirigeants du club, en grève, ma première grève.
C'était une première pour tout le monde, bien sûr. Personne ne me suivit, bien sûr. Je n'en demandais pas tant, bien sûr.
J'encourageai mes amis du bord du terrain. C'était finalement une grève active puisque l'essentiel de mon travail sur la pelouse consistait à motiver les troupes puisque mes pieds étaient aussi gauches l'un que l'autre.
Les six mois suivants, j'étais déclaré héros, des poussins jusqu'à la mairie, j'étais le jeune homme qui avait tenu tête.

Seulement voilà, tout passe. Et le jour du dernier match de la saison, celui que je voulais gagner pour finir premier de la division, les dirigeants m'annonçaient dans les vestiaires que, primo mes deux camarades étaient réquisitionnés et secondo qu'on nous demandait de perdre ce match (la ville n'avait pas les moyens d'organiser des déplacements dans la division supérieure) Beaux exemples pour les adolescents que nous étions.

Je me rhabillai en civil avant le match et plus personne ne m'a revu sur un terrain de football depuis ce jour-là.

Posté par claudiogene à 00:01 - [AutoBio] - Commentaires [8] - Rétroliens [0] - Permalien [#]


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