(Julien Orange 1)
(Julien Orange 2)
(Julien Orange 3)

Et c’est là que tout commence, que tout bascule. La banlieue est traversée. On entre au cœur de la ville, avec ses surprises et ses désillusions : des épines sur les roses, des noyaux dans les cerises, des pierres dans les lentilles, des raisons, toujours, pour tuer les passions.

Ses mains à lui, caressantes, découvrent son visage, explorent son cou.
Ses mains à elles, plus nerveuses, impatientes, s’attaquent aux boutons de la chemise blanche de bureaucrate. Elle va trop vite, pense Julien, j’aurais du mettre la chemise mauve, celle dont les boutons sont doublés. Mais, pourquoi je pense, moi ? Partout, on lit, on voit qu’il ne faut pas penser, il faut se lâcher.
Et pourtant, le jeune homme à moitié déshabillé, les gestes romantiques et maladroits, pense, au mari, au petit garçon, à la situation, aux deux rythmes si différents. Augurent-ils une aventure bancale ?
Et pendant que Monsieur pense, Madame s’affaire. Et Madame sait faire.
Ils ne feront pas l’amour. Non, ça ne peut pas s‘appeler comme ça. La surprise est de taille.

Dix minutes plus tard, le tableau est cocasse :
Martine toute habillée et Julien tout nu. L’un se sent vidé quand l’autre a rempli estomac et mission.
C’est le comble. Julien, dépité se sent honteux. Il n’a rien fait, rien donné. Il ne se sent pas à la hauteur. Egoïste.
Martine, assouvie, joyeuse et guillerette semble apaisée.

L’histoire pourrait s’arrêter là, devrait s’arrêter là. Ils ne sont pas sur la même longueur d’ondes, c’est sûr. Un viol consentant, c’est cela qu’a subi le jeune homme, et sa conscience pointilleuse et intransigeante, va lui demander des comptes.
La violeuse est debout. « Tu peux me ramener ?  Tu es beau et je t’aime» Ni salle de bain, ni verre d’eau. Ce monde est cinglé. Dans quel dictionnaire de la vie, va-t-il trouver des explications à tout ça ?

Le voyage en voiture est pénible pour le conducteur alors que la passagère est tout émoustillée. Elle aurait pu faire la gueule tout de même ! Il aurait pu être aux anges, que diable !

Retour au bercail. Julien doit manger, il a faim. Elle, elle a déjà dîné, lui dit une pensée assassine.
Julien va mal dormir.

Julien a mal dormi.

C'est la faute à Giscard se dit-il spontanément comme à chaque fois que quelque chose ne va pas. Mais, depuis un an déjà, Giscard n'y est plus pour rien. Et jamais, jamais il n'attribuerait une quelconque responsabilité à Mitterrand.

C'est la faute à la fautrice, fera l'affaire.

(à suivre)