Mon jeu du dimanche d'hier vous parlait de Naples,
"...ville d'1 million d'habitants, agglomération de 4 millions.
Tous les matins, 500 000 d'entre eux doivent imaginer
ce qu'ils vont manger le soir.
Et pourtant, l'un des taux de suicides le moins élevé d'Europe"

source : France info/livre du jour/Dictionnaire amoureux de Naples

Et forcément, cela me renvoie à d'autre choses :
- Sœur Emmanuelle qui nous expliquait que les Chiffonniers du Caire n'étaient pas malheureux. Ils ne se comparaient pas.
- Cette image d'un homme sec, émacié, marchant avec difficulté dans plus d'un mètre d'eau boueuse, "sa vie" sur les épaules (un enfant, une couverture et deux bouts de bois) et qui voyant l'objectif de la caméra, offre un large sourire qui s'invite dans notre salon et nous colle au fauteuil. C'était l'une des victimes des dernières inondations au Bangladesh.

Je pourrais multiplier les exemples. Je sais que ce que j'écris est une banalité.
Tout le monde sait que lorsqu'on cherche à manger, on ne se suicide pas.
Et tout le monde sait que suicides et dépressions sont des problèmes de "riches".

J'ai envie de le dire quand même. Je vis dans un pays champion du monde des antidépresseurs, défenseur de tous les palliatifs au bonheur, et, sans doute, en haut de la liste du nombre de râleurs et de plaintifs.
Et en plus, on se gausse de cette originalité, on s'en amuse. C'est comme une marque déposée qu'on entend bien défendre. Sport national dont on est fier et fier aussi de sa propre autodérision (Bois un petit coup ça réchauffe ! Une petite déprime, ça fait pas de mal ! Un petit joint, ça mange pas de pain ! Une TS pour essayer !)

Et si on rappelait un peu plus souvent à chacun le rang de la France et des Français dans l'Indice de Développement Humain (10ème en 2004 quand l'Allemagne est 22ème et le Bangladesh -le sourire- 137ème) et l'immense pouvoir en sa possession pour corriger une vision viciée au lieu...
- d'expliquer à chacun qu'il a raison de se plaindre.
- de lui faire découvrir les raisons de se plaindre qu'il n'a pas vu lui-même (
tel un vendeur qui crée un besoin)
- de le plaindre.
- de le conforter dans son rôle de victime et par là, le déresponsabiliser et le rendre vulnérable.
- de lui faire croire que c'est son salaire et son pouvoir d'achat qui vont le rendre heureux.
- de le persuader que la vie est un combat.

Oui, le persuader que ne pas se plaindre, c'est déjà faire un immense pas en avant.

Autre chose sans rapport : Sympathique article chez Radioscopies