Je n’aime pas le vent.
Même les courants d’air, horreur absolue, ne détrônent pas le vent au royaume de mes hantises.
Je n’aime aucun vent ; froid, chaud, doux, violent ; ni sirocco, ni ses frères.

Donnez-moi des choses complexes à gérer, des conflits à désamorcer, des montagnes à déplacer, des deuils à assumer, tout vous dis-je, mais pas de vent s’il-vous-plait.
Je me crispe au moindre souffle, je réveille mes vieilles douleurs, je réactive mes torticolis, j’invente des maux de têtes non-répertoriés.
Rien n’y fait. Aucune méditation zen, aucune prière païenne, aucune image positive, aucun accompagnement « dans son sens » ne me soulagent.

Oh, j’ai compris le pourquoi du comment depuis longtemps, mais il est au moins une chose, et ça c’est injuste, que la compréhension ne suffit pas à soulager.
Comme tous les perfectionnistes exigeants, je cours après la maîtrise des choses. Ce que je ne maîtrise pas, j’essaie de l’apprendre, de le comprendre pour ne pas le subir. En désespoir de cause, la fuite sera salvatrice.
Mais là, pour le vent, la seule fuite est l’abri. Mais l’abri est prison et c’est le vent  qui a les clés, il m’interdit de sortir. Face aux courants d’air, je suis de mauvaise humeur, mais je peux encore fermer la porte et je garde le trousseau.

Et Monsieur, virevolte parfois, il danse, il tourne, il se moque, il nargue.

Et dire que certains lui trouvent de la poésie !
Brassens nous dit que c’est  "chez les fâcheux" que le vent "choisit les victimes de ses petits jeux". Alors je suis un fâcheux, bien fâché même.

Vade retro le vent.
Qu’il aille séduire les éoliennes, qu'il les caresse, leur fasse tourner la tête, se trémousser, s'électriser, mais, surtout ... qu'il nous foute la paix.
Qu'il aille gonfler d'autres coques, qu'il les voile, les dévoile, les mate, les démâte, mais, surtout... qu'il nous foute la paix.
Qu'il aille combattre d'autres moulins, qu'il se fasse leurs ailes, les leur brise menues, menues, si ça lui chante, mais, surtout... qu'il me foute la paix.