L'ancrage consiste à associer un élément externe à une réaction interne, le premier déclenchant l'autre. C'est utilisé pour retrouver la sérénité, l'équilibre, pour soigner un toc, voire travailler sur un traumatisme.
Un ancrage peut être positif, mais aussi négatif, volontaire ou involontaire.
Un désancrage est l'action de créer, en quelque sorte, un ancrage concurrent qui prendra la place du premier.

Les applications les plus connues sont celles que l'on pratique en sophrologie par exemple, lorsqu'on demande de visualiser une scène agréable, puis, à un moment précis de toucher une partie de son corps. Plus tard, dans le quotidien, il suffira de toucher cette même partie du corps pour se retrouver dans les conditions émotionnelles de la scène agréable.
(Bien sûr "La madeleine de Proust" est une forme d'ancrage)

Je fais court. Et je préfère, pour illustrer, vous raconter une expérience personnelle, et cocasse, d'ancrage involontaire et du désancrage appliqué :


Il y a un an environ, mon médecin me prescrit des chaussettes de contention. Il m'a fallu me rendre dans une boutique d'orthopédie. La vendeuse m'explique le fonctionnement et me propose, "c'est obligatoire", de m'apprendre à mettre ces chaussettes.
Obéissant, je m'installe sur un fauteuil et présente mes jambes à la préposée à l'essayage.
Madame s'agenouille.
Comment la décrire ? La quarantaine pimpante, le physique enveloppé et proportionné, le vêtement sexy une taille en dessous, de grands yeux verts, des mains fines et puissantes et des hanches accoudoirs. Si ce n'était la chevelure de lionne rousse, on l'aurait prise pour la Sophia Loren d'Une journée particulière. Une beauté pure sans aucune vulgarité. A vous damner.
Sophia s'agenouille et entreprend l'essayage. "Laissez-moi faire" "Je me laisse faire"
Dans l'état d'esprit de celui qui est chez le médecin, aucune émotion ne vient troubler  mon sérieux. Je m'en étonnerai d'ailleurs après coup. On a du sang froid ou on n'en a pas, c'est comme ça.
Seulement voilà, ma froideur a pour effet de faire chausser ses gros sabots  à la créature de rêve.
Le regard de vipère devient plus qu'entreprenant et la chaussette qu'il faut bien étirer en massant le mollet devient chaussette qu'il faut longtemps caresser et jusqu'au genou, s'il-vous-plait.
Je passe sur le décolleté immanquable et un soutien-gorge champion du monde d'haltérophilie, il faut au moins ça, qui laisse tout de même déborder sa proie au-delà  des tétons et du raisonnable.
Pendant que l'incendie commence enfin à prendre, le sein droit de la dame n'a d'autre idée que de venir frotter, mais alors frotter, mon genou gauche. C'est sans doute la seule façon de bien enfiler la seconde chaussette.
L'intervention autoritaire de la patronne écourte la démonstration. Y aurait-il habitude ?
Alors c'est le sprint final, le combat de la dernière chance. En moins de deux minutes je sais, sans rien demander que Sophia Loren est une "vraie" niçoise, qu'elle mange de telle heure à telle heure, qu'il faut que je pense à faire prescrite d'autres chaussettes, que si j'ai la moindre question..., que son jour de repos c'est le mercredi... "Repos le  mercredi ? Tiens. Comme ma femme". Je sais, c'est un peu sec, mais ça s'appelle un contre-transfert généreux.

Fin de l'histoire ? Pas du tout.

Pendant six mois, tous les matins, en mettant mes chaussettes, je sens le sein droit de la dame, téton vigoureux, frotter sur mon genou gauche, tous...les...ma...tins. Ancrage involontaire. Ancrage subi.
Sans hypocrisie aucune, c'est très désagréable.
Solution : Désancrage.

Je fais prescrire d'autres chaussettes. Je retourne dans le même magasin. Un mercredi. Je me fais servir par un jeune homme qui n'a rien, mais alors rien, de Marcello Mastroianni. Résultat.
Désancrage réussi.
Je vous promets que le matin, je ne pense plus à... rien.