J'aime le couscous aux calamars farcis que nous fait ma femme.
J'aime pas qu'on humilie les pauvres, les sans-grades, les sans-diplômes, les humbles, les faibles en les croyant incapables de réfléchir par eux-mêmes, en les confortant dans un état de victime.
J'aime les poètes du XIXème.
J'aime pas le jet du robinet sur le côté concave d'une cuillère à soupe.
J'aime le coeur d'une conversation, d'un échange, quand les bras fourmillent, qu'on se retient pour ne pas interrompre, qu'on passionne la vie.
J'aime pas le travail, les vacances et les jours fériés.
J'aime l'activité, l'ébullition, la progression et la liberté.
J'aime pas les mariages, les communions, les fêtes, les anniversaires, les gueuletons, le saumon fumé et la crème de marrons.
J'aime l'intemporel et la course de fond, l'anticipation, le bois, le solide, les chiffres impairs.
J'aime pas le futile, les ricanements, les plaisirs en CDD, les surprises.
J'aime l'individu, deux yeux, une parole, un être singulier.
J'aime pas les groupes, les bandes, les corporations, les corporatismes, les réseaux, les moutons et les veaux.
J'aime la lettre L, les femmes, tout ce qui est féminin, les tendons d'Achille très creusés et la discrétion.
J'aime pas les syndicats français, le double langage, les lâches et les m'as-tu-vu.
J'aime les révoltés sages, les anars en costard.
J'aime pas qu'un gréviste inculte et vulgaire donne des leçons à un ministre raffiné et intelligent.

J'aime qu'on se construise avant de l'ouvrir.

J'aime pas le prosélytisme et les militants.
J'aime
les esprits éveillés et curieux.
J'aime pas les rompi collioni et les mal-élevés.
J'aime qu'on préfère avoir des regrets plutôt que des remords.
J'aime pas qu'on ne respecte pas la loi quelle qu'elle soit.

J'aime l'universalité, la mondialisation, le cosmopolite, les métissages.
J'aime pas le régionalisme, le terroir, les frontières, les Clochemerle et la Ligue du Nord.
J'aime que les parents s'occupent de leurs enfants toujours, et que les enfants s'intéressent à leurs parents.
J'aime pas qu'on privilégie sa famille par principe.
J'aime qu'un couple s'aime, s'entraide, s'intéresse, se manque, mais pas qu'il se serve.
J'aime pas les rhododendrons, les piercings, les boucles d'oreilles, les tatouages et les fumeurs.
J'aime qu'on sache que tout ce qui est juste et beau est possible.
J'aime pas qu'on pense que la vie est un combat.
J'aime la complexité des idées, la simplicité de la vie et l'huile d'olive.
J'aime pas qu'on donne du pouvoir aux imbéciles.
J'aime l'optimisation des compétences.
J'aime pas l'oisiveté, la passivité, la plainte, les excuses et les platanes.

J'aime les rapports humains.
J'aime pas les rapports sociaux.
J'aime qu'on vive par l'être aimé plutôt que pour.
J'aime pas l'éphémère, le carnaval, la bande-dessinée, les dessins animés, le rêve.
J'aime savoir que Dieu c'est toi, comme c'est moi.
J'aime pas les croyances support, dépendance, fatalité.
J'aime le repassage, l'écriture, l'organisation et le regard.
J'aime pas que les médiocres trouvent les idéalistes prétentieux.
J'aime le futur et la joie tranquille, confiante.
J'aime pas les modes et la science-fiction, les dogmes et les idéologies.
J'aime la beauté qui ne se discute pas.
J'aime pas les vendeurs et les opportunistes, les dragueurs et les matérialistes.
J'aime la rigueur et l'honnêteté, la folie et la poésie.
J'aime pas l'extravagance, l'excitation, l'euphorie temporaire, les drogues, les exutoires.
J'aime la vision globale  et le Château de Pez.
J'aime pas l'opposition systématique et la défense de ses propres intérêts.
J'aime
la responsabilité, la droiture, le courage individuel, les mots.

J'aime pas les grandes gueules surtout quand elles se disent timides.
J'aime Montaigne, Epictète, Zweig et Laborit.
J'aime pas ceux qui s'la ramènent sans les moyens de le faire.
J'aime ceux qui ont compris la force, la joie, l'espoir et l'optimisme de l'œuvre de Léo Ferré.
J'aime pas perdre du temps en salamalecs.
J'aime les chemises que me fait ma femme.