Claudiogène

Ambition : Passionneur

24 avril 2008

C'est pas assez

2 plus 2 a demandé la maîtresse
Trop facile a pensé l’enfant, c’est pas assez.
Alors il a cherché autre chose.
Il a suivi la courbe du 2, le coude, la base.
Il a recommencé avec le second.
Rien. L’enfant n’a rien trouvé.
Alors, l’enfant s’est cru bête. Le moins intelligent de tous.
Mais a cherché, cherché encore.
Quand, au premier rang, quelqu’un a répondu : 4
Quelqu’un fut félicité et quelqu’un eut le bon point.
C’est pas assez, pensa l’enfant.

Expliquez  "Le dormeur du val" a demandé le professeur.
Trop facile a pensé l’enfant, c’est pas assez.
Alors il a cherché autre chose.
Tout son être traversé par la poésie, par l’odeur, les sons, les deux brûlures au côté droit.
Trop facile. Pas assez.
Rien. L’enfant n’a pas trouvé.
Alors, l’enfant s’est cru creux. Le plus vide de tous.
Mais a cherché, cherché encore.
Quand, au premier rang, un autre a dit que le soldat ne dort pas, il est mort.
Un autre fut félicité et un autre fut valorisé.
C’est pas assez, pensa l’enfant.

Vous avez 30 minutes a dit le recruteur.
L’enfant finit en 10 et ne dit rien.
Il chercha autre chose.
Trop facile. Il ne trouva pas.
L’embauche eut lieu. Résultats exceptionnels.
C’est pas assez, pensa l’enfant.

Vous êtes très ambitieux a dit la graphologue
Vous allez pouvoir gagner beaucoup d’argent.

C’est pas assez, pensa l’enfant.
Triste ambition. Erreur.
L’enfant fuit.
L’argent fut pour un autre, moins ambitieux.
C’est pas assez, pensa l’enfant.

Vous écrivez bien, vous pourriez persévérer, éditer, devenir célèbre.
C’est pas assez, pensa  l’enfant.

Vous n’avez que 20 ans et 4 personnes sous vos ordres.
Votre travail est exemplaire.
Personne n’a eu ce poste avant d’être trentenaire,
a dit le directeur.
C’est pas assez, pensa  l’enfant.

Vous avez bien élevé vos enfants, vous êtes un mari exemplaire, vous ferez un magnifique grand-père.
Reposez-vous maintenant,
a dit l’entourage.
C’est pas assez, pensa l’enfant.

Vous avez réussi de belles choses, vous êtes apprécié.
Vous êtes original, soyez satisfait,
a dit la rumeur.
C’est pas assez, pensa  l’enfant.


Vous êtes prétentieux à la fin !
Vous vous prenez pour qui ?
a crié le lecteur.
Pour un enfant, a dit l’enfant.

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22 avril 2008

La tour de France

Cela fait déjà deux semaines que Luis ne dort plus, ou très peu. Il est un peu énervé et chaque jour, le manque de sommeil aidant, il s’énerve encore plus. Il a un mauvais pressentiment.

Les Moralès vivent à La Paillade depuis sa construction. Même un peu avant pourrait-on dire, puisque l’immigré Espagnol a fait partie des nombreux ouvriers du bâtiment venus chercher de quoi se nourrir en France.
Montpellier, c’était bien. Pas si loin du pays natal et au soleil. Et puis ce serait pour quelques temps seulement.
Quelques temps, c’est combien ? Pour eux, ce sera 45 ans. L’âge de la grande, la Parisienne, qui ne descend plus guère. Les autres ont suivi, ont poussé, sont partis et descendent encore un peu.
C’est la tour qui les effraie. Ils y ont passé tant de temps. Ils ont honte de montrer leur enfance à leurs petits.

Luis et Pilar voient bien que tout a changé dans la cité. Mais d’habitude en fatalisme, ils vivent tant bien que mal entre nostalgie et passions intactes.

La passion de Luis, c’est le vélo. Avant c’était le cyclisme. Avant qu’un jour, en une phrase, Pilar ne mette fin aux espoirs de carrière sportive de son mari. Celui-ci était doué. Excellent grimpeur, il avait été repéré et, à une signature près, il aurait pédalé sur les routes de la Vuelta.
Pilar avait dit Non, cest Non.

Alors, le vélo prit toute la place. Pas un dimanche sans sortie. Les vacances, c’était toujours les routes du Tour de France à monter les cols, la veille ou le lendemain, de l’étape officielle. Et depuis la retraite, c’est pire. Tous les matins, qu’il pleuve, qu’il vente, Luis prend son vélo étincelant sur le balcon, le soulève jusqu’à l’ascenseur et descend les sept étages, vélo vertical. Ce couple d’ascenseur est harmonieux, joyeux, fidèle.

Combien de fois a-t-il remonté l’engin sur l’épaule par les escaliers ? Car l’ascenseur de la tour de France déraille plus souvent que ses collègues voisins. "La tour de France", c’est comme ça que s’appelle l’immeuble. Puta de destino qui remue le couteau dans la plaie.

La frustration mise à jour, acceptée, analysée, rangée n’en reste pas moins frustration. Et au fond des yeux bleus ciel de l’humble coureur, chacun a toujours vu le regard embué d’un éternel enfant.

Pilar acceptait la concurrence de la petite reine. Parce qu’elle savait la taille de son erreur, mais qu’en bonne Espagnole, elle ne l’avouerait jamais. C’est au sein des Espagnoles qu’on transmet aux Espagnoles, cet autoritarisme absurde qu’ont les femmes des sociétés matriarcales.
Elle l’accepte aussi, car sa tête est ailleurs. Pilar vit une autre passion.

Pilar nettoie, astique, range, lave, fait le ménage. C’est le grand nettoyage de printemps du matin au soir depuis un demi-siècle. C’est son plaisir, sa jouissance, sa compulsion.
On comprend, bien sûr, qu’elle se condamne aux travaux forcés de son crime d’étouffement marital. Mais, inutile de le lui dire, elle le sait et le nierait.
Mais pour bien montrer que ce n’est pas maladif, elle choisit la
pire des solutions, la course en avant, le toujours plus.

Et ce qui devait arriver, arriva.

Aujourd’hui, Luis a oublié d’enlever ses chaussures pour traverser le salon, vélo sur l’épaule, jusqu’au balcon.
La folle du logis attendait la faute. Carton rouge. Des décennies de jalousie se réveillent d’un seul coup.
La mégère hurle à faire trembler la tour et le vocabulaire devient exclusivement espagnol, tant est fort le besoin d’insultes primaires.

Pilar file sur le balcon, prend le vélo à deux mains, le suspend au-dessus du vide et le jette.

L’occasion est trop belle. Luis ne dit rien. Il se penche, regarde le vélo voler, se retourne sur sa femme, soudain figée et silencieuse.

Puis, sans un mot… la prend par les épaules et la fait basculer dans le vide.

Au moment de passer devant les fenêtres du troisième étage, Pilar entend, la voix tranquille et sereine de l’homme qu’elle a toujours aimé :
Au fait, mi amor, l’ascenseur est en panne.

 

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15 avril 2008

La chute vertigineuse

Le bâtiment est récent, propre, moderne et fonctionnel. Accueillant même. Des couleurs, de la clarté.
Pourtant, ce couple de cinquantenaires y entre à petits pas, inquiet. L’hôtesse d’accueil le dirige vers la salle d’attente. Les dos ne toucheront pas les dossiers des chaises, timides. Au mur, des affichettes de prévention, des listes d’adresses d’organismes, des numéros de téléphone. Au centre des jeux et des livres d’enfants. La salle d’attente est accueillante et glaciale.

Gilbert et Patricia attendent que l’Assistante Sociale de la Commission Locale d’Insertion les reçoive.
Chacun d’eux a sa boule dans la gorge et la tait. Il sourit à l’autre, les yeux pleins d’amour et la décadence digne.

La chute fut vertigineuse.
Ils en ont fait des choses. Elever des enfants, leur payer des études, les mettre sur les rails. Travailler, jeunes, trop jeunes, sur le premier barreau de l’échelle. Créer une entreprise artisanale avec courage et conviction. Sans se plaindre et sans souffrir vraiment. Par devoir.
Mais  jamais, même dans les pires moments, ils n’ont ressenti cette humiliation de devoir faire une demande de RMI. Ils savent bien qu’il n’y a pas de honte, que l’orgueil est ridicule, qu’ils ont des droits, comme tout le monde. Mais, ça ne passe pas.

Sandrine, l’assistance sociale est bien gentille. Mais son attention, son dévouement et les excès d’empathie dont elle couvre le bureau sont plus dérangeants que rassurants.
Gilbert aurait préféré avoir affaire à une machine ; les écrans n’ont pas l’œil maternant. Il voudrait lui crier que oui, il sait lire, oui, il saura remplir le questionnaire, mais Sandrine doit justifier sa fonction. Elle se doit de cajoler. Elle explique en articulant bien qu’il faut écrire comme on parle pour faire simple et influencer positivement le Conseil Général. Gilbert comprend qu’il faut pleurnicher.

Le regard du personnel qui voit Sandrine raccompagner le couple jusqu’à la porte comme on le ferait dans une boutique de luxe trahit la surprise et l’incompréhension.
Ils n’ont pas le profil de ce statut-là. Et pourtant.


La rue ne leur offre pas plus d’oxygène. Il propose une virée jusqu’au port pour reprendre courage. Elle ne dira pas non. Les pas sont lents et les épaules basses. Les mains se tiennent et les doigts tricotent.
Les cœurs ont la même heure.

Les petites barques colorées du fond du port ne redonnent pas le sourire. Le soleil qui les inondent et la faconde des vieux pêcheurs ne parviennent pas à raviver le moral. C’est pas le jour !
Plus loin, les luxueux yachts dont ils n’ont jamais rêvé sont alignés comme soldats et serrés comme sardines. Ils sont blancs, grands, majestueux et tristes.
Le regard de Patricia quitte ses pieds pour lire le nom de ce bijou de riche, le dernier avant le virage : One Toy More. Gilbert suit les yeux de sa compagne, lit, revient vers elle.
Ils sourient d’abord, puis rient, rient très fort. Les dos se redressent, les épaules s’ouvrent, les poumons se remplissent. La joie revient. Le rire, le rire a sauvé la journée.

Le couple de riches retraités sur l’avant du bateau, exposé sur des fauteuils en osier, au regard des badauds, n’a rien vu. Monsieur, aussi chiffonné que son journal, semble compter à rebours les minutes qu’il lui reste à vivre, passif. Madame, passe du vernis sur ses ongles avec des gestes identiques à ceux des plus populaires des mains, la lassitude en plus. Entre les deux, sur la table, un minuscule vase kitch héberge trois œillets bien fatigués. Le pavillon portugais du bateau fera dire à Gilbert que les idéaux révolutionnaires sont bien fanés.

Nos apprentis-RMistes peuvent rentrer chez eux, le cœur serein et allégé, la colonne vertébrale droite.
Ils ont compris qu’il existait des vies bien pires que la leur.

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04 avril 2008

La femme du boulanger

La voiture arrêtée sur le bas-côté, à cheval sur l’herbe semble avoir stoppé  en urgence. La portière droite est ouverte et la main gauche d’un jeune homme la retient de l'intérieur.
Le jeune homme, c’est Pierre. Il est couché sur la banquette et vomit comme jamais il ne l’a fait. Petit déjeuner, déjeuner et quatre-heures, tout y passe.

Tout a commencé une heure plus tôt. Son assistante lui avait pris un rendez-vous  dans une boulangerie au fin fond de la Seine-et-Marne, là où on ne sait pas bien si c'est encore l’Ile-de-France ou déjà la Province. Ce secteur, l’agent d’assurances n’y va jamais, il ne l’aime pas. C’est le secteur de son collègue, celui qui est en train de mourir à l’hôpital Henri-Mondor.

Au son du carillon déclenché par le rayon lumineux, la boulangère a levé les yeux sur le jeune homme. Des yeux qui savent parler aux hommes, assurément. Grands, noirs, étincelants, évocateurs, brûlants. "Un regard de baise", pense Pierre, juste pour se faire un bon mot.
Présentations faites, Madame  invite l’assureur à la suivre dans l’arrière-boutique. La petite vendeuse la remplacera.
Le mari nettoie les gamelles dans la cour et la paperasse, c’est pas son truc. Si affaire il y a à faire, ce sera avec Madame.

Tout est bien organisé. La petite à la boutique, le mari aux gamelles. Pierre et la Pomponnette dans l’arrière-boutique à discuter tout en surveillant le bébé de huit mois environ,  allongé dans un transat posé au sol. C’est une petite Aurore aux grands yeux bleus.
De sa place, Pierre qui est debout voit dans la cour le boulanger nettoyer de grandes casseroles au jet d’eau. Il ne recevra pas de réponse à son mouvement  de tête. La pièce est une sorte de véranda, grande baie vitrée vers l’extérieur sur un petit muret d’un mètre environ.

Les objectifs professionnels du mois et son récent célibat permettent à notre commercial d’accueillir le charme de la boulangère avec une disponibilité non coupable.
Mais, la situation est cocasse et la phase de séduction prend rapidement une autre tournure.

Aurore lâche sa tétine et se met à pleurer. La jeune femme s’accroupit pour la lui remettre en bouche. Elle la met d’abord dans la sienne pour la nettoyer avec un geste des plus suggestifs.
Puis, sans se relever, passe sa langue sur ses lèvres en même temps qu'elle remonte sa robe avec la main, comme si la robe en avait besoin ; cuisses et culotte étaient déjà largement offertes au regard de l'assureur.
Elle sait marcher en canard et trois mouvements lui suffisent pour atteindre les jambes de Pierre.

Celui-ci se fige. Regard vers la droite, le boulanger et son jet d’eau. Regard vers la gauche, le bébé et ses yeux bleus. Regard vers le bas, la Pomponnette qui, à cet instant, n’a jamais aussi bien porté son nom.
Que faire ? Le mieux est de ne rien faire, d’attendre. L’agent d’assurances est agent double. Sous sa ceinture tout est mécanique et la mécanique fonctionne très bien, la mécanicienne est experte. Au-dessus, tout est tension. Dans sa tête, tout se bouscule. Le danger ne l’empêche pas de penser à Alphonse Boudard qui racontait ses frasques de représentant de commerce et de la bouchère qui l’avait vidé de toute son énergie sur un étal sanguinolent.

Le plaisir et le calvaire s’arrêteront en même temps.
La cravate est toujours  en place. La chemise a accumulé un peu de transpiration.
La nymphomane remonte sur ses pattes tirant un peu sur la robe. Elle sourit, savourant la levure de Pierre. Son assurance semble dire qu’il ne s’est rien passé. Celle de Pierre ne sera pas placée.

C’est seulement dans la voiture que le jeune homme reprend ses esprits. Il sait que ces deux grands yeux bleus de bébé enregistrent tout. Il freine comme un fou, ouvre la portière et vomit tant qu’il peut.

L’enfant a-t-elle ancré en elle sa future condition, femme de boulanger ?

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28 mars 2008

C'est Personne

Compteur bloqué sur 68, son œil, pourtant perçant, regarde le monde, comme avant, en noir et blanc.

Dieu des cartésiens, il est athée et n’a foi qu’en ce qui est démontré, éprouvé, écrit, enseigné. Ses excès sont aussi absurdes que ceux d’un intuitif qui refuserait toute analyse.

Intellectuel formé aux idées tranchées, formaté par des évènements mouvementés, ses opinions resteront solides comme un pavé et parfois blessantes comme ce pavé. Il doit son assurance à son âge avancé et à sa culture conséquente. Jamais pris en défaut, il a réponse à tout. Il trouvera toujours dans sa bibliothèque intérieure l’exemple qui vous clouera le bec, surtout qu’il saura manier les mots et la langue, ces outils qu’il déteste chez les autres puisqu’eux s’en servent pour manipuler.

Il aime plus "Le Monde" que le monde mais ne l’avouera jamais. Car, il se veut tolérant et ouvert d’esprit. Aussi, il lutte contre ses émotions. Un peu trop sous pression alors, il lui arrive de craquer, d’avoir des passages à vide, des manques d’énergie disproportionnés. Tel un adolescent, il boude, veut tourner les pages, faire table rase, déménager, car franchement les autres, c’est l’enfer.

S’affichant démocrate, il se contredit souvent car il n’admet pas qu’on puisse voter à Droite sans être un veau ou un mouton. Il se méfie des hommes providentiels qu’il laisse aux illuminés et préfère les structures collectives même s’il a une parfaite connaissance de leurs dérives.
Il préconise toujours d’appliquer les solutions du passé aux problèmes du présent. Le rapport de force, c’est son credo et le combat, son outil.
Manichéen bien sûr, il prend parti systématiquement pour le plus pauvre, le plus bronzé, le plus démuni… plus tard, il sera toujours temps de comprendre.
Mais, tout ça, il le voit d’en haut. C’est là, sa fierté. Malgré ses privilèges, il a su rester du côté du peuple.
Le riche, c’est le diable, comme le privé, le puissant, le patronat,  l’actionnaire et la Droite.

Figé sur ses schémas anciens, il n’en est pas moins curieux du monde et même très curieux. L’information, la communication et la politique nourrissent  son existence. Les nouvelles technologies n’ont aucun secret pour lui.
Il voit dans ces outils un moyen de perpétuer la lutte des c.lasses. Persuadé que chacun recherche du pouvoir et que le vice est partout, il en devient parano et se méfie particulièrement de ceux qui s’affichent naïfs et désintéressés. Une carrière à la Pierre Juillet, éminence grise de l’ombre tirant les ficelles d’une marionnette vide, ne lui aurait pas déplu. Il y a du Machiavel en lui et un soupçon d'œil de Moscou.

Son portrait serait incomplet, si on omettait son côté épicurien. Il aime Dame Nature, la bonne bouffe et le bon vin, à condition de les déguster entre amis, entre camarades, entre piliers à demi emmêlés. Et si, cerise sur le gâteau, on pouvait refaire le monde autour d’un feu de bois, il serait aux anges.
Des astrologues taquins pourraient lui attribuer la rigidité du Taureau et la rêverie du Poissons quand un psy de Prisunic conclurait Psychorigide ascendant Pessimiste.

Mais, ne quittons pas notre personnage sans aborder un trait de caractère essentiel. Il est fidèle. Seulement voilà, il est surtout fidèle à ses fidélités et revers de la médaille, il est fidèle envers et contre tout. D’ailleurs, il aime beaucoup les chiens, c’est un signe.
Ainsi, il fait mine de croire qu’on peut prendre aux riches pour donner aux pauvres et que le Grand Soir passe par le Grand Chambardement.
Sa façon de voir le mène de déceptions en déceptions, forcément. Alors, il développe une rancune tenace et une haine féroce qui lui vont mal, mais notre homme a besoin d’ennemis et de combats, c’est sa raison d’être.

Il a bon fond, pensent les autres, mais à force d’avoir la générosité sélective et le pardon absent, on finit par avoir l'égoïsme solitaire et l’aigreur dévorante.

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21 mars 2008

Selima

(recyclage : déjà présenté en Janvier 2007)

Le soleil retombait de nouveau sur les terrasses, grises à cette heure, et Selima sentait le froid pénétrer, traverser le fin et léger tissu qu'elle portait avec amour.
Il lui avait été transmis par sa mère qui le tenait de sa grand-mère. Ce bout de chiffon avait voyagé de génération en génération, de soleil en chaleur électrique, de gel en poussière, de lavoir en lave-linge et toujours, il tenait bon.
Chargé d'histoire plus que d'utilité, il était vêtement et grand-mère, souvenir et émotion, tendresse et douceur. Maternel et fil d'Ariane, seconde peau, placenta, couche d'amour et d'émotion.
Transmis de mère en fille comme un secret, comme un témoin. Un secret sans paroles. Un témoin silencieux. Transmission du rien et pourtant poids lourd, pesant.

Quelle responsabilité sur les épaules de cette adolescente en proie, ce soir, à une angoisse inexpliquée, un frisson cafardeux !

Selima tenait un bout de manche, de courte manche, entre le pouce et l'index et le frottait à la manière d'un commerçant qui en apprécierait la qualité et qui, plus tard, compterait les billets avec le même geste.

Qu'arrivait-il ce soir ? Etait-ce cette fraîcheur inhabituelle de fin de printemps, ces couleurs étirées à l'horizon ou les évènements de la journée qui la rendaient nostalgique ?

Peu à peu, Selima percevait comme une révélation lente. Elle prenait conscience d'un appel, d'un devoir. Cette idée se faisait de plus en plus présente, de plus en plus pressante, de plus en plus pesante. Etait-elle investie d'une mission, chargée, elle, petite jeune fille solitaire de conter, raconter l'histoire, son histoire, leur histoire ?
Elle ne savait pas déterminer si elle s'en persuadait ou si cela était plus fort, si la volonté était extérieure.

Mais, raconter quoi ? Toutes les vies sont banales.
Raconter sa mère, sa grand-mère.
Elle n'imaginait jamais QUE des femmes dans son passé.
Destin cruel qui l'avait séparée de ses aînées, trop tôt, bien sûr, toujours trop tôt, ne lui laissant qu'une étoffe pour sécher ses larmes et sentir la chaleur de sa famille.

Raconter comment ? A qui ? Pourquoi ?

Pourrait-on encore lire quelque chose dans les mailles de ce tissu usé sur lequel les évènements s'étaient superposés, entremêlés ; les uns gommant les autres et le temps n'étant plus qu'unité, à l'image de ces cités enfouies et redécouvertes, sorties du sol et dont le tri des époques est si difficile à faire ?

...

Descendant de l'avion qui la ramenait à Paris, Selima avait tout oublié de ce sentiment d'un soir qui l'avait transportée, tel un tapis planant, au-dessus du réel, proche du divin.

Il pleuvait des cordes sur la piste et les passagers de retour de Tunis remerciaient intérieurement, l'inventeur de ces accordéons géants qui permettaient de passer directement de l'appareil à l'aérogare.

Les chemisettes et les robes à fleurs choquaient les imperméables et parapluies qui attendaient un proche.

Le rire éclatant, agressif et vulgaire d'une blondasse, touriste de club, agressait les pâles parisiens. De plus, cette extravertie avait osé recouvrir, mais si peu, son bronzage d'une tenue exotique « ramenée-d'un-souk-où-le-vieux-monsieur-était-très-cool-nous-avons-sympatisé » Quel beau souvenir !
Légèreté, mépris et vulgarité étaient ses véritables vêtements.

Selima allait retrouver sa chambre de bonne, 12 mètres carrés sur cour, 6ème étage, 18ème arrondissement..

Réveil brutal : contrastes du Soleil et des nuages, de l'Espace et de l'exigu, du Respirable et du pollué. Mais, aussi de l'Abondance et du dépouillement, de l'Organisé et de l'à-peu-près, du Confortable et du peut-être.

Tunis – Paris. Paris – Tunis. Cinq lettres chacune. Villes sœurs tant le lien aérien est continuel.

Capitales à l'attirance obsessionnelle.

Cinq lettres : Consonne - Voyelle - Consonne - Voyelle – Consonne

Mais, Rabat et Dakar font de même.

L'Afrique, bizarrement liée et reliée à Paris.

Tirées par les cheveux ces réflexions. Tirées par les cheveux de l'intérieur du crâne de Selima déboussolée, déséquilibrée, sans plus repères.

Dormir, dormir, dormir pour, plus tard... savoir... ou oublier.

 

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12 mars 2008

Le mauvais choix

Julien l'attend depuis longtemps cette semaine de vacances. Les clients l'ont tellement stressé et fatigué pendant les fêtes que le 31 décembre, il s'est endormi avant minuit.
Le ski, c'est son truc. Il n'échangerait pas sa semaine de sports d'hiver contre deux mois aux Maldives.
Et puis, la solitude à la montagne est plus acceptable que sur la plage, moins visible.

Depuis quelques années, il a pris l'habitude de se fondre dans un groupe pour apprendre la vie en société. Il part dans les centres de vacances de l'UCPA. Il se force un peu bien sûr, mais c'est l'occasion de faire des rencontres, pense-t-il à chaque fois.

Dans le petit train qui emmène tous ces jeunes gens de Saint-Gervais à Chamonix, Julien, aussi fatigué que les autres par une nuit en couchettes, admire, timidement, les quelques jolies voyageuses dont certaines sont vraiment  magnifiques.
- La semaine sera ensoleillée ! crie-t-il à sa solitude.

Regards, espoirs, tout est possible. La jeunesse est belle et la vie, liberté.

Le soleil est au rendez-vous et notre Julien n'imagine pas rentrer bredouille de cette semaine de ski-rencontres.
La place de la gare de Chamonix est encombrée.
Sur la droite, un bus marqué UCPA. Sur la gauche, un autre bus, celui du Club Med.
Julien n'en croit pas ses yeux. Toutes les jolies filles du train se dirigent vers la gauche, toutes. Les moches, à droite toute.
Catastrophe. La semaine commence mal. Il a tiré le mauvais numéro, le mauvais centre de vacances.

La semaine de ski ne sera qu'une semaine de ski. Semaine blanche.

Le samedi suivant, à la gare, les Venus du Club Med ont bronzé. Encore plus belles, elles font baisser les yeux des intellos de gauche d'en face qui se rassurent, hypocrites, en pensant qu'elles ne les méritent pas.

Le train de nuit qui rejoint la capitale ne fait pas de ségrégation. Beaux, laids, riches, pauvres, Club Med ou pas, le compartiment ne connait que des numéros.

La nuit de la dernière chance, c'est celle-là.

Couchette du milieu. Julien a du mal à s'endormir. Coincé dans son sac-à-viande SNCF, il se tourne et se retourne. Osera-t-il ? Osera-t-il faire un signe à la Club Med du bas ? Elle est magnifique, un corps de rêve, un sourire de déesse, une blondeur de cinéma, un teint de privilégiée. De droite, c'est sûr.
L'UCPA du haut, elle, pianiste émérite, chanteuse de chorale, lectrice des Cahiers du Cinéma est banale, quelconque, ordinaire, fade. De gauche, bien sûr.

Le contrôleur est passé, il ne passera plus. C'est maintenant ou jamais.

Julien laisse négligemment tomber son bras gauche. Le cœur à deux cents à l'heure, il ose, peu à peu, s'approcher de la chevelure d'or. Tendrement, gentiment, il caresse cheveux puis tête. Il ne sait pas si elle dort ou si elle sait et ne dit rien. Il s'approche un peu plus, la joue est douce et les lèvres charnues.

Au moment où le jeune homme se demande quoi faire maintenant, il sent, sur ses cheveux à lui, une main affectueuse et entreprenante qui tombe du ciel. Bloqué, il est bloqué. La main chemine, caresse et redescend sur son visage.

Le tableau est surréaliste : De la couchette du haut à la couchette du bas, une cascade de bras forme un chapelet de séductions muettes.

Flèche et cible, Julien est pris en sandwich. Repousser la moche sans être sûr d'avoir la belle ? Accepter l'intello et rater la Vénus ?
Il choisit la seconde solution. Par facilité bien sûr. Mais, fier, il se persuade qu'il a choisi l'intelligence à l'artifice.

L'heure qui suit est plus proche de la gymnastique que de la tendresse. La pianiste a les doigts habiles et la chanteuse, la gorge douce, mais le cœur n'y est pas, contrairement aux effluves douteuses.

Sur le quai de la Gare de Lyon, les deux grands yeux bleus de la blonde Club Med, parlent d'eux-mêmes  ; ils témoignent d'un cœur et d'un regret.

Le brave garçon binoclard qui accueille la sauvageonne de l'étage a le regard transi du futur mari aux bois congénitaux.

C'est cette nuit de galipettes inutiles, que Julien comprend qu'entre deux voies, il convient de, toujours, choisir la plus difficile.

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29 février 2008

NICE to meet you

La panne de la Grande Roue est un bonheur pour Raymond. Elle intervient au bon moment.
Autant Liliane s’inquiète, à cause du groupe qui ne va pas les attendre pense-t-elle, autant Raymond est au ciel. Il jubile. Il est heureux. Au spectacle ! Et quel spectacle !
Il ne s’agit pas du Carnaval de Nice bien différent du leur, là-haut, celui de Dunkerque, il s’en fiche. Il ne voit ni la Baie des Anges, ni les piscines sur les toits des hôtels, ni ce tramway flambant neuf qui trace une virgule harmonieuse sur cette belle place aérée, ni ces montagnes au loin. Il a déjà vu tout ça d’en bas et sur le catalogue.
Raymond n’a d’œil que pour son caméscope numérique, celui qu’il a acheté l’année dernière, au Grand Bazar d’Istanbul. Ce caméscope est magique, magique depuis trente secondes, depuis que la roue et Liliane sont bloquées.

C’est au même moment que tout en bas, sur la place Masséna, une femme venant de droite et un homme arrivant par la gauche sont entrés dans le champ de l’appareil magique. Et disons-le tout de suite, que notre Raymond entende les pensées de ces deux passants ne l’étonne  pas du tout. Il savoure.

Oui, c’est bien ça, le caméscope transmet les pensées des personnages qui passent dans l'écran :

L’homme : Pourquoi fait-il trop chaud à la FNAC, pourquoi est-ce si sombre ? Pourquoi est-il plus facile de trouver  un bouquin chez Virgin ? Pourquoi la librairie Masséna me fait peur ?
Mon Dieu qu’elle est belle !

La femme : Je suis contente de faire ça ce matin, il fait beau, ça m’occupe et je me sens utile.
Oh là ! Il est charmant. Lui, je ne le rate pas.

L’homme : Mais, elle est magnifique, une  statue mouvante, vivante, vivifiante. Une rousse, une vraie. Car, seules les vraies rousses savent figer les amoureux des brunes et les amoureux des blondes. Une frimousse flamboyante diraient les romanciers, lumineuse diraient les scribouillards. Mais là, elle est, elle est atome, boule de feu, centre de la Terre, brûlure créatrice, cœur du cœur. Incroyable. Rien n’est superficiel, tout vient de l’intérieur.
Un sourire large et timide pourtant,  un air de madonne prometteuse. Ses yeux, bleus ou verts ?
Sa presque quarantaine posée et gaie la rend mystérieuse et accessible, ou l’inverse.
Un bijou de beauté et de sagesse, pures.

La femme : C’est peut-être un touriste. Tant pis, j’essaie quand même.

"Tenez, Monsieur".

Elle lui tend un prospectus. Il le prend mais ne regarde que ses yeux.
"Merci"
Il baisse la tête. L’angle du papier glacé est orange.

L’homme : Une publicité pour un opérateur de téléphonie ? Un parfum ? Des cosmétiques ? Les 3J des Galeries ?
Merde, mais c’est un  tract politique. Cette femme époustouflante et parfaite distribue un tract politique. Et  pour le maire sortant. Merde et re-Merde.
Fichtre. La rumeur disait qu’il n’aimait pas les pétasses. C’était vrai.

"Je vous le rends, Madame, j’ai déjà mon candidat et je respecte les arbres"
"Prenez-le quand même, le meeting c’est mercredi"
"Non, Madame. Ou alors je vous prends le paquet. Mon candidat j'y tiens, c’est un humaniste. C'est le plus cultivé et le plus intelligent"

L'homme : Pas besoin d’en dire plus, elle a compris. La preuve, elle baisse les yeux.
Bon, elle le reprend son imprimé, oui ? Et dire que c’est un bout de papier avec la tête de l’autre qui fait le lien entre nos mains. On dirait que le maire célèbre une union.

"Je comprends"

La femme : Mince, mais, j’ai les yeux qui se mouillent. Pétard, mais je rougis. S’il me le demande je change de camp sur le champ.

L'homme : Mais comment une belle fille comme ça peut soutenir ce candidat ? Sacrée psychologie féminine, je n’y viendrai jamais à bout.

La femme : Quel con ! Il n’a rien compris.

Ils n'ont pas le temps de se saluer, de se sourire une dernière fois, de se tourner le dos.
La roue redémarre et la magie prend fin.


Après trois jours de moqueries et d’insultes de bobonne, Raymond finit par admettre qu’il est sujet au mal d’altitude et remballe ses hallucinations.

Le week-end suivant, à Zuydcoote, rue de Bray-Dunes, on se passe le film des vacances.
C'est alors que Raymond   comprend qu’il n’a pas rêvé ; le caméscope magique disait la vérité.
Se retournant sur Liliane, pour partager, il la voit, avachie, endormie sur le fauteuil délabré de grand-mère. Le regard qu’il lance à sa femme est désespéré.

A cet instant, il pourrait  la tuer. On devrait tuer les gens sans poésie, pense-t-il, pendant que l'arrêt sur image cadre la beauté de la militante de Droite.

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28 février 2008

Meure le vent !

Je n’aime pas le vent.
Même les courants d’air, horreur absolue, ne détrônent pas le vent au royaume de mes hantises.
Je n’aime aucun vent ; froid, chaud, doux, violent ; ni sirocco, ni ses frères.

Donnez-moi des choses complexes à gérer, des conflits à désamorcer, des montagnes à déplacer, des deuils à assumer, tout vous dis-je, mais pas de vent s’il-vous-plait.
Je me crispe au moindre souffle, je réveille mes vieilles douleurs, je réactive mes torticolis, j’invente des maux de têtes non-répertoriés.
Rien n’y fait. Aucune méditation zen, aucune prière païenne, aucune image positive, aucun accompagnement « dans son sens » ne me soulagent.

Oh, j’ai compris le pourquoi du comment depuis longtemps, mais il est au moins une chose, et ça c’est injuste, que la compréhension ne suffit pas à soulager.
Comme tous les perfectionnistes exigeants, je cours après la maîtrise des choses. Ce que je ne maîtrise pas, j’essaie de l’apprendre, de le comprendre pour ne pas le subir. En désespoir de cause, la fuite sera salvatrice.
Mais là, pour le vent, la seule fuite est l’abri. Mais l’abri est prison et c’est le vent  qui a les clés, il m’interdit de sortir. Face aux courants d’air, je suis de mauvaise humeur, mais je peux encore fermer la porte et je garde le trousseau.

Et Monsieur, virevolte parfois, il danse, il tourne, il se moque, il nargue.

Et dire que certains lui trouvent de la poésie !
Brassens nous dit que c’est  "chez les fâcheux" que le vent "choisit les victimes de ses petits jeux". Alors je suis un fâcheux, bien fâché même.

Vade retro le vent.
Qu’il aille séduire les éoliennes, qu'il les caresse, leur fasse tourner la tête, se trémousser, s'électriser, mais, surtout ... qu'il nous foute la paix.
Qu'il aille gonfler d'autres coques, qu'il les voile, les dévoile, les mate, les démâte, mais, surtout... qu'il nous foute la paix.
Qu'il aille combattre d'autres moulins, qu'il se fasse leurs ailes, les leur brise menues, menues, si ça lui chante, mais, surtout... qu'il me foute la paix.

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20 février 2008

Les femmes sont plus belles dans les aéroports

Les femmes sont plus belles dans les aéroports.
Et les larmes plus chaudes aux portes des embarquements.
Plus luxueux qu'un quai de gare, le Terminal livre sa fonction en disant son nom.
Les portes coulissantes guillotinent les couples et séparent les passions.
Coupleret.
Exécution... publique.
Place de Grève, souvent des grèves. Pour pendre l'heure, l'air est grave.
La sentence est toujours la même.
L'un s'en va et c'est souvent le même.
L'autre reste et c'est souvent le même.
L'un aime et le dit. L'autre le dit aussi.
La foule désordonnée mais obéissante va se faire déshabiller, scanner, fouiller, contrôler.
Les yeux qui restent, chauffent. La porte coupe le fil et l'être aimé est un autre, différent, indépendant.
Après quelques ballets d'essuie-glaces, les bras finissent par retomber et faire demi-tour.
Les femmes sont plus belles dans les aéroports, même celles qui restent.

L'un part, vers le possible et l'autre reste, dans le vide.
Un esprit s'occupera l'esprit quand impatient patientera.
Paradoxe absurde : "Pourquoi tu m'abandonnes ?" a dit le voyageur.

Les femmes sont plus belles dans les aéroports, même celles des autres.

Seule note d'espoir subjectivement interprétée :
On prend l'avion pour prendre l'air, comme un espace de temps défini.
Quand en bateau, on prend le large, le retour n'est pas garanti.

Les femmes sont plus belles dans les aéroports.

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