Claudiogène

Ambition : Passionneur

18 avril 2008

Tribune Libre à... Victor

 

Le désir

Le désir ? Un mot masculin qui cache bien son jeu.

La curiosité est peut-être de la famille ? Mère ou fille, ou les deux à la fois ? Et l’amour ? Un enfant difficile à comprendre, ou une grand-mère qu’on regrettera inévitablement ?

Pour Platon (ou quelque présocratique), il y a d’abord eu un être en forme de boule, évidemment parfait, qui roulait à l’aide de 4 bras et de 4 jambes, pour faire quoi, on ne sait pas trop. Mais il a fait un jour une connerie (air connu dans beaucoup de religions) et le dieu de service lui a filé un coup de hache qui l’a coupé en deux. Les deux morceaux sont devenus l’homme (la hache a du légèrement dévier) et la femme, qui depuis se cherchent, en quête d’une unité perdue.

J’ai demandé à des amis d’où venait le désir. Lui : c’est culturel, le désir des japonais emprunte d’autres voies que le nôtre. Elle : ça vient de l’âme et du cœur, ça remonte au père (j’ai eu peur mais elle s’est arrêtée là).

Roland Barthes qui a dit des tas de choses intéressantes sur la mode, surtout sur son fonctionnement, nous révèle les dessous culturels du désir, ainsi que les changements et les retours de manivelle qui peuvent intervenir, parfois rapidement. Les spécialistes de la mode essaient de la précéder et la créent moins souvent qu’on le pense. Ils n’existeraient pas, que nos désirs varieraient aussi. Et cela depuis bien avant le nez de cléopâtre. C’est un beau mystère.

Dans les couples, la prairie du voisin fait parfois davantage envie. Et inversement. Bizarre quand même. C’est vrai qu’il nous arrive de ne plus voir notre partenaire, à force de le côtoyer, et pourtant, le voisin lui voit des charmes que nous n’imaginons plus. Alors si au lieu de divorcer on s’achète des lunettes, comme le suggérait une publicité, nous revoyons parfois celle ou celui que nous avions perdu de vue.

Ces lunettes ne sont pas remboursées par la sécurité sociale, pour revenir à un précédent débat. Cette chute parce que je m’y perds. Et vous ?

Merci pour cette contribution Victor

 

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28 janvier 2008

Tribune libre à... Louis-Paul

A titre personnel, il me l’a proposé. Aussi à d’autres dans un commentaire d’une de ses récentes Notes, Claudio ouvre les colonnes de son Blog en proposant ce qu’il est convenu d’appeler une Tribune libre.

Je m’amuse parfois à écrire mentalement des articles en me disant « Ha, si j’avais un Blog à la Claudio, je « m’éclaterais » avec ce sujet ou « je crierais ma colère, mon indignation » !

Vous me direz que je pourrais le faire sur le mien, « on peut tout faire sur son Blog » ai-je lu récemment. Mais je ne le fais pas pour plusieurs raisons : Rester dans le style que j’ai consciemment et inconsciemment- imprimé à ce site, un carnet partagé de moments d’ « Ici et maintenant » et qui participe à cette démarche de Nouvelle Vie. Et comme je l’écrivais le 23 septembre 2006 « la colère, le ressentiment…tout cela est néfaste à mon rétablissement » 

Deuxième raison, au fil des jours, je m’aperçois que certaines notes ont « du succès » d’autres beaucoup moins. Et cela, bien souvent ne correspond pas à ce que je pensais ! Gare là encore au ressentiment quand je gamberge sur cette belle note, préparée, travaillée, sur laquelle j’ai passé du temps et que le visiteur délaisse. Voilà finalement une bonne leçon pour continuer à progresser sur la longue route de l’humilité.

Troisième raison enfin, je trouve par ailleurs des textes qui correspondent à mon ressenti et bien mieux écrits que je ne l’aurais fait : Un article de presse, une note ou un commentaire sur la toile, un extrait de livre…

J’écris ces lignes au moment, où - enfin - des voix et plumes s’élèvent pour nous alerter sur la gravité de certains discours - au plus haut sommet de l’Etat - vantant des valeurs n’ayant rien à voir avec celles de la République. Je parle ici de la laïcité, un principe fondamental du respect des droits de l’homme en France depuis 1905*. La très grande majorité des croyants, agnostiques ou athées se retrouvent dans ces principes, les déclarations du Président de la République ont de quoi nous inquiéter au-delà de nos différentes sensibilités. Et les images qui circulent sur la toile et les chaînes télé d’un scientologue icône du cinéma (invité privilégié d’un ancien ministre des finances devenu Président) ne sont pas faites pour me rassurer. Et l’idée que ces gens-là pourraient avoir bientôt pignon sur rue me remplit d’effroi. Alors oui, moi qui ne suis pas un lecteur habituel de la revue satirique du mercredi, j’ai vraiment envie de leur faire de la pub aujourd’hui. Et j’espère que de nombreuses voix de tous bords se feront entendre, partout pour que, après les retraites, les médicaments et le reste, ce ne soit pas demain la laïcité, combat de nos anciens, combat de mes parents, qui disparaisse à son tour. Faisons-le pour nos enfants et petits enfants, qu'ils puissent longtemps continuer d'apprendre sur les bancs de l'école publique !

Voilà, Claudio, c’est peut être un peu décousu mais je tenais à la faire, cette tribune libre. Allez, je vais choisir un de tes titres, de ces notes mises à la poubelle après ton grand ménage. Tiens, "le Curé laïc"! J’en ai connu des curés, en région nantaise,(des prêtres ouvriers on disait) je crois que sur ce sujet, ils partageraient mes craintes.

Bien amicalement. Louis-Paul

*Loi du 9 décembre 1905 concernant la séparation des Églises et de l'État (Promulguée au Journal officiel du 11 décembre 1905)

http://www.herodote.net/articles/article.php?ID=326

Merci à toi. Le blog de Louis-Paul.

 

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03 janvier 2008

Tribune libre à... Ugonice

Une fois n'est pas coutume, je me glisse de l'autre côté de la toile. Une fois n'est pas coutume, vous allez lire le texte d'un discours. Si si - vous même - vous allez lire un discours sans qu'on vous le déclame.

Beaucoup se plaignent d'un certain manque de temps. En cette période de bonnes résolutions, le sujet revient encore sur la table. Moi, Ugonice, je vous propose une solution.
Je ne vous en dis pas plus par peur de me court-circuiter.

Juste le temps de quelques mises en garde :
La langue est orale.
Le discours répond à des impératifs scolaires ; bien que souples.
M. Astor, si vous passez par là. Sachez qu'internet et ce blog sont du côté "coller" du "copier-coller".

Chut, ça commence...

Les journées durent vingt-quatre heures. Et bien c'est scandaleux ! Que pouvons-nous faire en vingt-quatre heures ? Se lever le matin. Travailler. Et le soir, se coucher. C'est une vie bien triste. Une vie dans laquelle on entend trop souvent les mêmes phrases. Je n'ai pas le temps ; je suis pressé ; ou encore je ne sais plus où donner de la tête.

Nos journées sont trop courtes.
Rallongeons-les !
C'est pourquoi je propose des journées qui dureraient plus longtemps. 36 heures au lieu de 24. Oui, vous avez bien entendu, une journée de 36 heures. Des journées dans lesquelles nous pourrions faire ce que nous faisons d'habitude mais en prenant mieux le temps.

Plus de temps pour le travail ou plus de temps pour les loisirs, la culture, la famille. Ce seront les orientations futures de notre société qui le décideront. Mais avouez que nous aurons l'embarras du choix.
Jouer avec ses enfants le soir, c'est un plaisir dont beaucoup sont privés. Ils pourront désormais y passer du temps, sans compter. Rendre un dossier à temps, c'est pour la plupart d'entre vous source de stress. Pour vous et d'autres. Trop d'autres.
Il faut que cela cesse. Et la journée de 36 heures nous donnera, à tous, de l'air.
Aller au cinéma, au théâtre, au musée, lire ; voilà l'opportunité de se cultiver davantage. Partir en week-end. C'est très sympathique un week-end. Mais que nous offrait l'ancien système ? Un samedi et un dimanche à 24 heures ? Qui se satisfait de 48 heures de week-end ? Avec la journée de 36 heures, le week-end est à 72 heures. Ce sera l'occasion de passer 72 heures en congés ! Des week-end prolongés en veux-tu en voilà !

C'est aussi une occasion inespérée de raccourcir relativement la durée d'un vol ou d'un train. Traverser la planète prend actuellement 12h. Ca c'est un fait. L'équivalent avant d'une nuit ou d'une journée entière. Avec les journées de 36 heures, cela ne prendrait qu'une grosse après-midi. Ca c'est un avantage.

Alors, vous allez me dire, "que fait-on pour les repas ?". J'ai étudié la question, je pense qu'il faut rester à trois repas. C'est déjà assez compliqué. Faire à manger, mettre la table, manger, puis faire la vaisselle. Non, il faut simplement manger en plus grande quantité à chaque repas. Manger plus régulièrement ne serait que rajouter des problèmes. Et la journée de 36 heures ne servirait plus qu'à faire la vaisselle et préparer à manger. Ca n'aurait aucun intérêt.
C'est pourquoi je dis non ! Non, il ne faut pas ajouter de repas !

En contrepartie, ne laissons pas sur le bord du chemin quelque-chose d'important. Le repas le plus important de la journée. Le petit-déjeuner. On l'oublie trop souvent et ensuite on se plaint d'avoir faim ! Prenons un bon petit-déjeuner !
Avec un bon petit-déjeuner, nous pouvons atteindre le repas suivant. C'est le repas de plus important d'une journée de 24 heures. Il le sera d'autant plus dans vos journées de 36 heures.
Nous pouvons vivre avec trois repas par jour de 36 heures. Des études sérieuses le prouvent.

Alors, je ne vous le cache pas. Il n'y a pas que des points positifs. La journée de 36 heures n'est pas toute rose. Des inconvénients existent. Je parle de la durée de vie, qui sera revue à la baisse. On augmente les journées de 50%. Donc également les semaines, les mois et les années. On mourra désormais entre 50 et 55 ans. Mais, rassurez-vous on paraîtra très vieux.
Journées de 36 heures obligent.

A propos, certains me répondent que cette idée n'est pas viable. C'est faux.
J'ai moi-même adopté ce modèle depuis maintenant 2 semaines ; 3 pour vous. Je fonctionne avec des journées de 36 heures. C'est un choix. Cela demande un peu d'organisation. Et surtout beaucoup de compréhension de la part de son entourage. En effet, c'est parfois difficile de vivre avec quelqu'un en avance. En avance sur son temps.
Mais il y a un problème avec mon initiative. Elle est inutile ! Et oui, c'est inutile quand personne ne fait comme vous. Quand tout autour vit à vingt-quatre heures. Quand tout autour tourne différemment de ce qui est naturel.

Oui, naturel.
J'entends souvent "c'est trop compliqué", "on ne pourra pas changer". Faux. Nous sommes passés du Franc à l'Euro avec un taux de conversion de 6,55957. Ca c'était compliqué. Mais avec ce que je vous propose, il s'agit de rallonger la journée de 50%. Soit un taux de conversion de 1,5. Ca c'est simple. C'est même enfantin. Ne me dites pas qu'après être passé à l'Euro, nous ne pourrions pas passer à la journée de 36 heures.
Nous le voulons, donc nous le pouvons !

Ensemble !
Nous pouvons changer le monde. Ce monde trop rapide dans lequel nous vivons. Il faudra d'abord convaincre autour de vous. Et, sachez-le, il y a du mouvement en coulisses. Un lobby se crée pour faire pression sur le soleil afin qu'il rallonge son cycle de 50%. C'est la seule manière de faire plier nos adversaires. Les conservateurs, je ne vous l'apprends pas.
Et c'est possible. Vraiment. Si nous vivons tous à 36 heures, les administrations suivront. Oui, l'Etat, les pouvoirs supranationaux suivront et règleront leur cycle en conséquence. En journées de 36 heures.

Alors, bien-sûr, comme dans tout projet révolutionnaire, il y a des extrémistes. Certains frisent l'absurde en proposant des journées de 100 heures. Avec des heures de 100 minutes. Elles-mêmes découpées en 100 secondes. L'ambition est louable. Il s'agit de découper le temps en intervalles réguliers. Malheureusement, ça n'est pas réalisable. Imaginez un peu le soleil accepter une proposition pareille. Non, c'est beaucoup trop poussé.
C'est pourquoi il faut au monde un projet ambitieux et réalisable. La journée de 36 heures est ambitieuse et réalisable. C'est notre devoir à tous de la diffuser. Comment ? Simplement en faisant comme moi. En appliquant la journée de 36 heures. Le reste suivra.
Adhérer, c'est bien. Agir ! C'est mieux.

En résumé, il est urgent de se battre. Se battre pour faire de la journée de 36 heures une règle générale. Pour plus de temps passé auprès des siens. Plus de temps à travailler. Plus de temps à se cultiver. Plus de temps à se ressourcer.
Finalement, pour donner plus de temps au temps.

Il est 28h30. Je vais me coucher. Et je vous encourage à en faire de même.

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19 septembre 2007

Tribune Libre... aux vacances de My

Voici quelques photos de L'Italie de My. Certaines sont romaines, d'autres ont été prises dans la région des Marches, dans les environs de Pescara.
My,  est une de mes  fidèles
visiteuses ("ministre de la Francophonie dans un gouvernement mémorable") que j'encourage à réveiller son blog, un peu en sommeil, c'est dommage.

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21 juin 2007

Ange déc(h)u... par Plum

Je publie aujourd'hui le texte écrit par notre amie Plum' sur son blog hier.
Je vous remercie de tout lire, je crois que cela en vaut vraiment la peine.
Je n'en dis pas plus. Merci Plum'.

"Je suis content. Super content, même ! J’ai eu huit ans hier. Mon papa et ma maman m’ont offert de beaux habits, tout neufs. J’ai eu un pantalon bleu foncé et un tee-shirt sur lequel il y a marqué : courage et liberté. Mon papa m’a dit que j’étais un homme maintenant et que je devais apprendre à me conduire en tant que tel. Ma mère, elle écoutait mon père et elle souriait. Elle m’a pris dans ses bras et m’a serré très fort en me disant à l’oreille qu’elle était fière d’avoir un fils comme moi. C’était la fête pour moi, toute la journée ! Ma maman, avec l’aide de mes trois sœurs et de ma tante, avait préparé plein de bonnes choses à manger. En fait, il y avait tout ce que j’aime ! J’ai mangé avec mon père, mes oncles et mes cousins dans le grand salon. Mon père n’arrêtait pas de dire qu’il était fier de son petit homme, que j’étais l’ange de la famille, celui qui allait les sauver. Ils m’ont donné des cadeaux et j’ai eu le droit de manger plein de gâteaux et même de fumer le narguilé. J’ai adoré être un homme ! Après, ma mère a fait du thé pour tout le monde et on a discuté entre hommes. Il y a le frère de l’Imam qui est venu boire le thé avec nous. C’est un homme courageux et sage. Il voulait me parler. A moi tout seul. J’étais content et tellement fier aussi. Il m’a dit que j’avais eu de la chance parce que Dieu m’avait choisi. Il m’a expliqué que Dieu me suit depuis que je suis né et qu’il voit tout ce que je fais depuis mon premier jour de vie. J’étais étonné. Pourquoi moi ? Il a dit que Dieu, dans sa générosité et sa bonté, avait de grands projets pour moi. Si je le voulais, je pouvais faire que tout cela s’arrête, que tout cela ne soit plus qu’un vilain rêve et que le bonheur revienne sur notre terre et dans nos maisons. Je pouvais devenir un ange parmi les anges. J’ai trouvé cela bien, moi, de devenir un ange. Il a dit que j’avais l’avenir de tout un peuple dans mes mains. Mais que peut-être je n’avais pas le courage de devenir un immortel. J’ai demandé ce que cela voulait dire. Il m’a répondu que les anges ne meurent pas, ne souffrent pas, n’ont jamais de peine et qu’ils préparent le Paradis pour que les gens qu’on aime sur Terre soient rassurés lorsqu’ils meurent. Il a dit qu’être un ange c’est comme être le bras droit de Dieu. C’est un rôle important et primordial, qu’il a dit. Ensuite, ma maman est venue me voir et me parler. Elle m’a dit de me rappeler de mes trois frères qui sont morts pour que nous puissions un jour être libres. Elle m’a dit qu’elle avait tout-de-suite su que j’étais différent, dès le jour de ma naissance. Parce que cela avait duré beaucoup plus longtemps que pour mes frères et sœurs, parce que j’avais failli étouffer avec mon cordon, parce qu’elle n’avait pas de lait pour moi et que j’étais trop petit, trop fragile. Elle m’a raconté, ma maman, comment je m’étais agrippé à la vie comme un chaton à un arbre. Et que malgré tous ces pièges que la vie mettait sur mon chemin, j’avais survécu. Je m’étais accroché comme le lierre, comme les rosiers grimpants sur le mur du jardin. Et que de petite boule fripée, j’étais devenu son grand petit garçon, fort et courageux. Ils m’ont rassuré, tous. Ils m’ont dit de ne pas avoir peur, que Dieu m’attendrait avec des fleurs et des étoiles et que les rivières étaient de miel dans le ciel. Ils m’ont dit que les cornes de gazelles poussent sur les arbres et que l’on peut en manger quand on veut. Ils ont dit que j’avais un destin extraordinaire. Ils ont dit que j’avais été choisi et que si j’avais peur, ce n’était pas grave. Dieu choisirait un autre enfant, peut-être une fille, plus courageuse. Alors, j’ai dit que non, je n’avais pas peur parce que moi aussi je voulais être un ange immortel. Ils ont dit que je n’aurai pas mal. Ils ont dit que j’allais connaître le bonheur…

Je crois qu’ils se sont trompés ou alors qu’ils m’ont menti. J’ai fait comme ils voulaient. Je suis allé près du camion avec la croix rouge. J’ai demandé au soldat s’il avait quelque chose à manger et quand il s’est approché, j’ai tiré sur la manette, sous mon pull.

Ici, il n’y a personne pour m’accueillir, ni mes frères, ni mes cousins, ni mes oncles. Il n’y a pas de jardin et d’arbres à cornes de gazelle. Il n’y a pas de fleurs et d’étoiles. Il n’y a rien qu’un grand vide, tout rouge d’abord et puis tout noir maintenant. Où est la rivière de miel ? Je veux retourner chez moi. Je veux voir mon papa pour lui dire que tout est faux, que le frère de l'Imam ne dit pas que la vérité. Où sont les anges ? Où est Dieu ? Je ne veux plus entendre ces cris, ces bruits, ces sirènes. Je veux rentrer à la maison, maman. S’il te plaît… Je crois que je me suis trompé de chemin, papa. Je suis tellement désolé, je voulais que tu sois fier de moi. Je crois que j'ai tout raté mais je te jure, papa, que je ne l'ai pas fait exprès.

Ils m’avaient dit que je suis celui qui a été choisi. Ils m’avaient dit que c’est pour cela que je m’appelle Moktar…"


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01 avril 2007

Ici, le dimanche, c'est Dimanche

Petit jeu FACILE aujourd'hui.
3 questions :
1. Qui est le personnage dont on parle ici ?
2. Quel est son lien avec le 14 juillet ?
3. Qui a écrit ce texte, le 14 juillet 2006 ? (c'est quelqu'un qui nous rend visite sur ce blog régulièrement)


"Aujourd'hui, c'est le quatorze juillet, jour de Fête Nationale en France. Nous célébrons la prise de la Bastille, le quatorze juillet de l'an mille sept cent quatre-vingt-neuf. Des hommes et des femmes se sont battus pour renverser le Régime de l'époque par lequel le pays était mené économiquement à sa perte, gouverné par un roi à l'égo surdimensionné plus préoccupé par ses réformes plutôt que par la misère dans laquelle son peuple baignait.
Etrange comme tout se répète toujours inlassablement…
Mais aujourd'hui, ce n'est pas la Révolution qui sera mon sujet mais un Homme (la majuscule s'impose comme marque de respect), un de nos contemporains, à qui je veux rendre hommage.
C'est sur un Rocher que vous êtes venu au monde. Un peu en hauteur, par rapport à d'autres mortels. Singulier clin d'œil de la vie : vos parents se prénommaient Marie et Joseph ! Avec un tel départ dans la vie, il était naturel que vous ayez un destin hors du commun et marquiez les mémoires… Pouvons-nous le croire ? Votre deuxième épouse s'appelait Madeleine… Là, excusez-moi, sans être plus que cela intéressée par la théologie, je commence à percevoir dans ce qui fut votre vie des coïncidences qui n'en sont peut-être pas…
Votre crinière de lion rendra inoubliable dans les mémoires votre image de « vieux fou ». Et comme pour parfaire cette dernière, vous adopterez non pas des chiens, chats, serins ou autres poissons rouges, mais des guenons ! Vous acquerrez une petite île, vous vous offrirez un château…
On essaiera de vous bâillonner, de vous détruire, comme beaucoup de génies. Mais le succès est déjà vôtre et ces mêmes personnes qui vous ont "lancé" avant de vous "museler" devront reconnaître, admettre vos multiples talents.
Sachez, Monsieur, que vous restez et resterez incontestablement, à mes yeux, un des plus grands amants des Muses du vingtième siècle. Vous n'écriviez pas, vous insuffliez vie aux mots, les faisiez respirer pour l'éternité. Vous avez engendré des expressions inoubliables, réinventé la langue française, réincarné des poètes dont je n'aurais peut-être jamais entendu ou lu les vers. Vous avez été le chef d'orchestre des paroles et l'aède des notes de musique. Vous avez écrit des textes magnifiques, composé des airs, des opéras, interprété les plus grands rimeurs, conduit des orchestres symphoniques.
Vous étiez un grand Monsieur. Et aujourd'hui, ... "

12h :La réponse aux 2 premières questions ayant été trouvée (par framboise) voici la fin du texte :

"Vous étiez un grand Monsieur. Et aujourd'hui, cela fait treize ans, déjà, que vous nous avez quittés.
Avec le temps, va, tout s'en va, mais vous, Monsieur Léo Ferré, nous ne vous oublions pas !"

13h45 : Réponse : Plum' trouvé par Nathalie GOOGLE

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19 mars 2007

"La violence - Un miroir brisé"

Je vous invite à lire le texte suivant, je vous donnerai mon opinion à la fin. Merci.

"
Avez-vous déjà eu affaire aux gars d’Emmaüs ? Moi oui. A plusieurs reprises. C’est incroyable le nombre de richesses que recèlent nos poubelles. J’y ai trouvé des meubles solides et beaux pour pas cher. Des vêtements aussi, de marque, neufs pour presque rien.

L’autre jour encore, j’y étais. J’ai acheté un disque. Le type derrière son comptoir affiche un mécontentement de circonstances. Comme tous là-bas. La « mauvaise volonté » est affichée. D’ailleurs, une plaque dorée, écrite en noir, sur le guichet du vendeur mentionne clairement « De toute façon ma réponse est NON ».

Les livreurs de meubles d’Emmaüs se perdent. Ils ne veulent pas porter. C’est toujours trop lourd et trop loin. Face à eux, j’ai souvent eu l’impression d’être le « Grand Capital » qui s’abat sur la misère du monde. Bref, j’abuse.

J’ai été de celles-là. Souvenirs de violence qui teintent le présent et les gens. Mon cerveau, dans sa formidable capacité d’apprentissage, avait appris de l’autre qu’il va toujours trop loin, qu’il va forcément me faire mal.

J’ai déjà évoqué ma frayeur des relations de dépendances dûe à ma mémoire du chaos de l’enfance, à la merci des adultes. Pour me protéger, j’ai souvent été réfractaire à toute autorité et je portais en moi des pulsions de violence. Violence que j’aurais voulu rendre à l’agresseur. Violence qui surgit de nulle part, comme celle de mon père quand j’étais petite.

La violence est l’expression d’une souffrance pour celui qui la transmet. C’est la manifestation d’une douleur. Elle rompt la communication, empêche la compréhension et finalement, s’avère stérile. Nos sociétés ne peuvent la tolérer et c’est normal. Ainsi, j’étais mal avec moi-même de toutes ces ruptures relationnelles. Je ne me sentais pas aimable avec cette rage au ventre. Je me sentais mal et incomprise.

Il n’y a pas trente six voies d’épanouissement pour l’homme. L’agressivité qui meurtrit les relations entre les êtres ternit l’identité sociale. Non seulement la douleur à l’origine de la violence ne peut être comprise, mais en plus elle nous donne le mauvais rôle. L’homme est un être social. Les réussites nécessitent des aptitudes relationnelles. Il faut savoir formuler une demande pour qu’elle soit satisfaite. Nous n’avançons jamais seul. Plus on est en sympathie avec les autres, plus on est estimé et aimé. Nos stars recueillent tous nos césars quand elles sont généreuses, drôles et douces.

C’est important d’être aimé. C’est important pour soi. Pour l’image que l’on a de soi et enfin, pour accéder au bonheur et à l’épanouissement.

J’ai abandonné toute violence au profit de l’amitié. Je recueille les sourires comme des fards à paupières ou des crèmes amincissantes. La tendresse et l’affection comme anti-rides ou rouge à lèvres"

Ce très beau texte est celui d'Elisa Jacques découvert sur son blog et reproduit ici avec son autorisation.
Pour la forme, j'aime cette écriture claire, moderne, sans fioritures. Tout se lit sur le même ton et ainsi se lie. Elle-même prend de la distance avec son écrit. C'est limpide, comme une goutte d'eau solitaire qui claque sur le béton, au ralenti.
Le sujet : On commence par du banal, on la voit venir puis 180°, on s'est trompé et on sourit, c'est drôle.
On s'attend à continuer la lecture tranquillement quand, d'un coup, on aborde un sujet grave, lourd diraient certains, grave parce que sombre, grave parce que sérieux. La violence.
Et voilà, qu'en une page, Elisa nous décrit parfaitement le phénomène de la violence et nous offre les clés pour s'ouvrir à autre chose, pour guérir.
Elle nous offre la paix et l'harmonie, celles que nous pouvons décider tous, tout de suite et le prix que nous avons à payer, c'est la lecture de ce texte. Son prix à elle, fut plus élevé. Aujourd'hui, elle nous en fait cadeau.
Je vous avoue que tant de profondeur avec tant de lucidité et de simplicité, ça m'a, pour rester sobre, bousculé.
Merci pour cet espoir et pour votre confiance Elisa.

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05 mars 2007

Tribune Libre à... LChe

Dans les yeux de mon fils

J'avais du mal à me réveiller ce matin. Papa n'était pas content parce qu'il disait que je n'aidais pas et qu'on était pressés, on aurait dit que pour lui le temps passait très très vite. Quand il parlait, on aurait dit aussi qu'il parlait très très vite.

Après, on est partis à l'école, je suis au CP, je ne suis plus à la maternelle depuis longtemps !

En entrant dans la cour, j'ai couru vers M. pour lui donner l'enveloppe que j'ai préparée hier, j'ai mis dedans une lettre avec ce message JE TEME AVEC AMOURE ET JE TADOR et aussi un collier que j'avais reçu de je ne sais plus qui, j'étais petit, et il y a un coeur rouge avec marqué dessus un mot : LOVE. Quand je suis arrivée tout près d'elle, j'ai lancé l'enveloppe en l'air et j'ai continué à courir sans me retourner. Je crois qu'elle l'a ramassée. Aujourd'hui, c'est son anniversaire. Et hier, c'était la SAINT VALENTIN.

C'était SUPER à l'école aujourd'hui. D'habitude, je dis toujours TRES BIEN mais là, pour ne pas que mon papa continue à me poser des questions sur comment c'était à l'école parce que je n'aime pas parler de ce qui est fini, à quoi ça sert ?, j'ai dit SUPER. Mon coup a raté parce que SUPER, ça a rendu curieux mon papa et il m'a donc demandé de lui en dire plus. GRRRRRRRRR.

J'ai eu 9 sur 10 à la dictée. CROCODILE. CLE. ACROBATE. J'ai écrit tout juste. Papa ne comprenait pas pourquoi je n'ai pas eu 10 mais moi je sais : c'était mal écrit. A. a eu 4 sur 10 mais c'était drôlement bien écrit.

En rentrant à la maison, c'était bien parce qu'à peine arrivés, des copains sont passés alors du coup j'ai pu regarder la télé en mangeant des chips et de la ricotta. Quand il y a des amis, je peux regarder beaucoup plus la télé que normalement. Normalement, il faut toujours que ce soit lui qui arrête la télé. Là, c'est moi quand j'en ai marre.

J'avais les joues rouges quand je me suis assis à table. En fait, je me suis assis sur une chaise. ETRE ASSIS A TABLE, c'est une EXPRESSION.

J'ai réussi à ce que papa m'enlève le jus de la soupe aux pâtes et alors dans mon assiette, il n'y avait plus que des pâtes. On n'aurait plus dit que c'était de la soupe. Je n'ai pas voulu que papa mélange les saucisses avec les pâtes. Les saucisses, j'adore. Je suis trop content quand il y en a. Papa, il les mange avec la moutarde. BEEEEEUURK.

Pendant qu'on mangeait, papa m'a demandé si j'avais été puni aujourd'hui. En ce moment, il me parle beaucoup de ça. Mais moi, je ne m'en rappelle jamais.

Oui, cet après-midi, j'ai été puni. Heureusement que mon copain S. m'a donné à la récréation son cahier et comme ça j'ai pu recopier les devoirs pour demain. Facile : PAGES 65 ET 66. Les autres, ils l'ont fait avec la maîtresse quand j'étais puni. Mais j'ai pu rattraper à l'étude. Quand j'ai dit à papa que je ne savais plus pourquoi j'avais été puni, ça l'a fâché. Chaque fois c'est pareil : il veut savoir absolument pourquoi j'ai été puni. Mais moi je ne sais plus, j'ai oublié ! On dirait que ça l'intéresse seulement de savoir pourquoi j'ai été puni alors que moi j'ai envie de lui raconter ce que j'ai fait pendant que j'étais puni.

Il m'a expliqué que quand on est puni, on loupe des leçons et après on travaille moins bien et après on a moins de plaisir à apprendre et alors on s'ennuie plus souvent ce qui fait qu'on fait des bêtises et donc on se fait punir de plus en plus. Et puis aussi qu'après, on a une REPUTATION. Je n'ai pas bien compris ce que c'est mais c'est grave on dirait.

Quand cette discussion avec en plus pas le droit de jouer avec la cuillère ou de faire autre chose pendant qu'il me posait les questions, quand elle a fini, je m'étais réjoui avant d'arriver à table parce qu'il y avait de la glace, et ben j'avais plus faim ! Papa a dit que j'avais L'ESTOMAC NOUE, c'est pour ça. Il a arrêté avec ses questions et tout d'un coup il a fait comme si on n'avait jamais parlé de ces histoires que je n'aime pas raconter.

Alors il m'a dit que je n'avais qu'à manger sa glace avec lui... avec mes yeux ! Comme ça je n'aurais pas mal au ventre. On a rigolé. C'était bizarre, j'ai vraiment mangé sa glace avec mes yeux. Du coup, j'ai quand même eu envie d'en manger avec la langue alors j'ai ouvert le congélateur pour la septième fois mais cette fois j'ai pris la glace.

Pendant que je la mangeais, papa a fait la vaiselle et je lui ai demandé comment s'appelle cet animal qui ressemble à un lévrier mais qui n'est pas un chien.

Je ne sais pas comment il a fait mais il a trouvé tout de suite et il m'a dit : JE SAIS. Mais il n'a pas dit le mot. Il a fait une énigme. J'aime bien les énigmes avec les mots, je dois faire comme si j'étais détective. Papa m'a dit que c'est un lapin. Oui, oui, c'est vrai ! Mais le mot ne me revenait toujours pas... Alors il m'a dit qu'on doit trouver ça dans un LIVRE. Il a ensuite dit la première, puis la deuxième, puis la troisième lettre. Je devais deviner, j'étais tout près de retrouver le mot. Mais je n'y arrivais toujours pas ! Alors il m'a dit quelque chose que j'avais oublié, il m'a dit de repenser au premier indice... C'était quoi le premier indice ? Un lapin ? Il a dit : NON, TON INDICE, celui que je lui avais donné moi. Lévrier...

LIEVRE !

J'ai trouvéééééééééééééééééééééééééééééé.

Ma dent du dessus n'est encore pas tombée aujourd'hui. On voit qu'elle est à moitié arrachée. Papa n'a pas l'air de savoir quand elle tombera exactement. Je me demande si je peux le croire quand il dit qu'elle ne peut pas tomber pendant la nuit. Il dit que les dents disent toujours au revoir poliment, jamais elles ne partiraient comme des voleurs pendant la nuit.

On a lu les deux pages, la numéro 65 et la numéro 66. Puis encore un peu d'une histoire de mes livres à moi. Moi, je lis les histoires de Donald, Mickey, Dingo qu'en italien. C'est encore mieux. J'adore Paperino. Et Topolino aussi. Celui qui me fait le plus rire, c'est Pippo.

La lumière s'est éteinte. Papa veut toujours que je m'endorme vite mais moi je n'ai pas envie. Je voudrais que ça continue. Tous les soirs, il faut que je trouve une nouvelle excuse pour me relever. Il faut vraiment être très très ingénieux. Je dois toujours trouver une autre raison.

Sinon, papa me dit que demain matin, j'aurais du mal à me réveiller.

LChe

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02 mars 2007

Tribune Libre à ... Antigone

Je vous présente un texte qui m'a bien plu. Vous pouvez en retrouver d'autres, tout aussi appréciables, sur le blog d'Antigone. N'hésitez pas, ça vaut le détour.

Les Voilà !

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Les voilà ! Mes petits livres.

 

J’ouvre les cartons avec avidité. Le bon de livraison cache, pour le moment, les couvertures criardes. Ca y est. Je les vois. Juste en dessous. Là. Les jaquettes brillent.

Je réclame, impatiente :

« Tu peux les rentrer en stock ? »

Je suis déjà loin lorsque j’entends résonner dans le couloir la réponse positive du déballeur officiel.

Je rentre sur la « surface de vente ». Mes talons s’enfoncent dans la moquette avec assurance. Je sais que j’ai le sourire aux lèvres. Je sais que je vais rendre un lecteur heureux, bientôt. J’ai ce pouvoir là, juste à cet instant précis.

Mon client attend toujours à la même place, impassible, les mains dans les poches. Dans cinq minutes, il aura dans ces mêmes mains, le livre attendu, un poche en version anglaise, qui sentira bon le papier neuf et l’encre des rotatives.

« Je vous fais patienter ? J’ai bien reçu votre ouvrage. Je pourrai vous le donner, dès qu’il sera enregistré. »

Il ne sait pas ce grand monsieur, au regard doux, qu’il est peut-être mon dernier client. Ce soir, tout sera fini. Se souviendra-t-il de mon visage, demain ? Reviendra-t-il ici, étonné de ne pas m’y retrouver ? Vous savez ? La petite jeune fille qui était là…qui m’avait trouvé ce titre…

Ce soir, je rassemblerai mes petites affaires, je saluerai les autres vendeurs. Réduction de personnel. Ce soir, l’encre de ma vie se sera tue, je laisserai des rayons orphelins à d’autres mains.

Ce soir, je ne serai plus libraire.


Antigone

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06 février 2007

Tribune Libre à ... Plum'

LE SACRIFICE DE LA CHAIR

Elle est arrivée ici, un peu par hasard, un peu en fuite, mais pleine d’espoir. Elle est arrivée ici un samedi d’octobre, par une journée sans soleil. Elle est arrivée comme tous ceux qui viennent d’ailleurs. Elle s’est garée devant la mairie, a regardé autour d’elle, repérant la boulangerie, l’église, le bureau de poste, l’agence bancaire. Ce n’était pas bien difficile, ici, tous les commerces se trouvent dans la rue Principale. Elle a consulté le plan, devant l’Hôtel de Ville et elle est remontée dans sa voiture en direction de l’école primaire Emile Zola.

Lorsqu’elle est arrivée devant le numéro trois de la rue de l’Ecole, les déménageurs l’attendaient déjà. Elle leur a ouvert la porte d’entrée de la petite maison simple mais coquette. Cela sentait encore la peinture fraîche, les tapisseries neuves. C’était une maisonnette de village avec un étage. Une petite cuisine entièrement aménagée ainsi qu’un salon avec une cheminée et du carrelage beige achevaient de constituer le rez-de-chaussée. Un escalier menait aux deux chambres et à la salle de bain. Il n’y avait pas de garage, juste une petite chaufferie faisant office de buanderie. Les meubles, peu nombreux, trouvèrent rapidement leur place et, à sa demande, les cartons furent déposés à l’étage ou en bas selon leur contenu.

Lorsqu’elle fut enfin seule, elle brancha le téléphone et vérifia que la ligne était ouverte. Elle testa tous les interrupteurs, rangea la vaisselle, les livres, le linge. Elle déballa un carton qu’elle chercha au milieu des autres. Elle en retira deux cadres en argent avec les photos de deux garçonnets. Elle en posa un sur la table de chevet et le second sur la commode. Elle regarda sa montre et sortit afin de faire quelques courses pour le week-end tout en essuyant une larme qui perlait dans le coin interne de son œil gauche.

Elle a descendu la rue à pieds, a croisé quelques personnes qui l’ont saluée aimablement. Ici, elle allait tout recommencer, se reconstruire après ce divorce douloureux et violent. Le plus difficile, elle le savait, serait l’absence des petits. Mais il n’y avait pas d’autre solution. Elle en avait suffisamment passer des nuits blanches à ressasser le problème dans tous les sens, chercher des solutions-miracles, invoquer Dieu, Jésus, Marie, les Saints…

Elle recommençait sa vie dans un village paumé de la campagne bourguignonne, loin de l’agitation parisienne. Elle recommençait à zéro avec juste ses fringues personnels, une dizaine de photos de ses garçons. Presque pas de meubles, un boulot d’infirmière à domicile (profession qu’elle reprenait après neuf années passées à s’occuper de ses fils), une quatre chevaux qui commençait à cumuler trop de kilomètres au compteur et une blessure énorme, béante, purulente : celle d’être partie sans eux, sans ses tout petits.

Elle n’avait pas pu leur imposer cela, cet exil en zone rurale. Ils habitaient une jolie et spatieuse villa à Neuilly, allaient en école privée, avaient de nombreuses activités sportives et artistiques. Jonas, l’ainé, avait commencé le hautbois et se passionnait pour l’instrument. Il faisait de l’escrime tous les samedis. Il chantait également dans une chorale. Simon, quant à lui, apprenait le violon et faisait de l’équitation. Ils partaient en vacances d’hiver en Autriche, allaient rejoindre leur tante Claudine tous les ans à Pâques, près de Bordeaux, et l’été, c’était les séjours à l’étranger en hôtel-club de luxe pour que chacun se sente en vacances.

Elle n’avait pas eu le cœur de les arracher à leur confort bourgeois et sécurisant qu’elle s’était acharnée à leur offrir. Non ! Elle avait fait le sacrifice de la chair et avait laissé à son ex-époux la garde de leurs enfants. Qu’aurait-elle bien pu leur offrir ? Le seul poste auquel elle avait pu prétendre après tant d’années d’inactivité professionnelle était ici, à Bléneau. Un village de mille cinq cents âmes sis au cœur de la Pusaye mais très pratique pour elle car qu’à une heure et demi de Paris.

Elle se sentait comme amputée de sa maternité et savait que la sensation de vide allait prendre de plus en plus de place. Elle s’installerait bientôt comme une tumeur et se nourrirait de son chagrin. Peu importe ! Elle avait fait le bon choix et en était persuadée. Elle recommencerait une nouvelle existence dans ce village où personne ne connaissait rien de sa vie d’avant.

Et puis, samedi prochain, elle monterait à Paris voir ses garçons. Elle passerait toute la journée avec eux, allait leur élaborer un programme digne de ce nom, peut-être la Foire du Trône (Simon adore les manèges). Oui, c’est cela, ils iraient à la Foire, tous les trois. Ils se gaveraient de pommes d’amour et de gaufres à la banane avec de la chantilly au chocolat.

En espérant seulement qu’ils accepteraient de la voir et de rester avec elle. Oui, en l'espérant…

© 2007 Plum

Le jeu de dimanche continue.

Posté par claudiogene à 00:01 - Tribunes Libres - Commentaires [9] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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