2 plus 2 a demandé la maîtresse
Trop facile a pensé l’enfant, c’est pas assez.
Alors il a cherché autre chose.
Il a suivi la courbe du 2, le coude, la base.
Il a recommencé avec le second.
Rien. L’enfant n’a rien trouvé.
Alors, l’enfant s’est cru bête. Le moins intelligent de tous.
Mais a cherché, cherché encore.
Quand, au premier rang, quelqu’un a répondu : 4
Quelqu’un fut félicité et quelqu’un eut le bon point.
C’est pas assez, pensa l’enfant.

Expliquez  "Le dormeur du val" a demandé le professeur.
Trop facile a pensé l’enfant, c’est pas assez.
Alors il a cherché autre chose.
Tout son être traversé par la poésie, par l’odeur, les sons, les deux brûlures au côté droit.
Trop facile. Pas assez.
Rien. L’enfant n’a pas trouvé.
Alors, l’enfant s’est cru creux. Le plus vide de tous.
Mais a cherché, cherché encore.
Quand, au premier rang, un autre a dit que le soldat ne dort pas, il est mort.
Un autre fut félicité et un autre fut valorisé.
C’est pas assez, pensa l’enfant.

Vous avez 30 minutes a dit le recruteur.
L’enfant finit en 10 et ne dit rien.
Il chercha autre chose.
Trop facile. Il ne trouva pas.
L’embauche eut lieu. Résultats exceptionnels.
C’est pas assez, pensa l’enfant.

Vous êtes très ambitieux a dit la graphologue
Vous allez pouvoir gagner beaucoup d’argent.

C’est pas assez, pensa l’enfant.
Triste ambition. Erreur.
L’enfant fuit.
L’argent fut pour un autre, moins ambitieux.
C’est pas assez, pensa l’enfant.

Vous écrivez bien, vous pourriez persévérer, éditer, devenir célèbre.
C’est pas assez, pensa  l’enfant.

Vous n’avez que 20 ans et 4 personnes sous vos ordres.
Votre travail est exemplaire.
Personne n’a eu ce poste avant d’être trentenaire,
a dit le directeur.
C’est pas assez, pensa  l’enfant.

Vous avez bien élevé vos enfants, vous êtes un mari exemplaire, vous ferez un magnifique grand-père.
Reposez-vous maintenant,
a dit l’entourage.
C’est pas assez, pensa l’enfant.

Vous avez réussi de belles choses, vous êtes apprécié.
Vous êtes original, soyez satisfait,
a dit la rumeur.
C’est pas assez, pensa  l’enfant.


Vous êtes prétentieux à la fin !
Vous vous prenez pour qui ?
a crié le lecteur.
Pour un enfant, a dit l’enfant.